Les connecteurs logiques : mode d’emploi
Un connecteur logique est un signal de ce que la pensée est en train de faire. Ce principe, posé dans la section théorie, mérite qu’on s’y arrête encore, non pas pour le réexpliquer, mais pour en tirer une méthode concrète.
Il me semble que la plupart des lycéens savent qu’il faut utiliser des connecteurs logiques en dissertation. Ce qu’on comprend moins bien, c’est leur utilité profonde : un connecteur ne fait pas que relier deux phrases, il exprime la relation logique entre deux idées. Or la dissertation étant une démonstration, ce ne sont pas toutes les relations logiques qui comptent. Ce qui compte, c’est que chaque phrase fasse progresser le raisonnement. En ce sens, la question à se poser avant d’écrire un connecteur n’est pas “quel mot je mets ici ?” mais “qu’est-ce que ma pensée est en train de faire par rapport à ce qui précède ?”
Cette question n’a que quelques réponses possibles.
Je tire une conséquence de ce qui précède. C’est le mouvement le plus fondamental d’une démonstration. Ce que je viens de dire me permet d’affirmer quelque chose de nouveau, quelque chose qui n’aurait pas pu être dit sans ce qui précède. Les connecteurs de conséquence sont : “dès lors”, “en ce sens”, “c’est pourquoi”, “ainsi”, “donc.” “L’acceptation suit souvent le mouvement naturel des choses. Dès lors, c’est peut-être le refus qui révèle le plus authentiquement ce qu’on est.”
J’introduis une résistance à ce qui semblait acquis.
Ce que je viens de dire est vrai, mais quelque chose résiste, quelque chose complique ce qui semblait acquis sans le détruire. C’est ce mouvement qui fait progresser un raisonnement. Les connecteurs sont : “or”, “mais”, “pour autant”, “cependant”, “néanmoins.” “L’acceptation construit l’identité de façon visible et sociale. Or elle ne le fait pas toujours librement.”
Il me semble utile de noter ici une distinction de degré entre ces connecteurs. “Mais” introduit une résistance franche, presque frontale. “Or” introduit un fait qui vient compliquer ce qui précède sans le contredire directement : c’est le connecteur de la tension intellectuelle. “Pour autant” et “cependant” introduisent une résistance plus nuancée, qui délimite sans s’opposer. Le choix entre ces connecteurs dépend donc de l’intensité de la résistance que vous introduisez.
Les autres relations logiques
J’explique pourquoi ce qui précède est vrai. C’est le mouvement de la cause et de la justification. Je n’avance pas encore, j’ancre ce que j’ai dit dans une raison. Les connecteurs sont : “car”, “parce que”, “en effet”, “puisque.” “Ce refus révèle davantage l’identité, car il va contre le mouvement naturel de la pression sociale.” Ce mouvement est utile mais limité : il explique sans faire avancer. En dissertation, il gagne à être suivi d’un mouvement de conséquence pour que la pensée progresse réellement.
J’indique la finalité de ce qui précède. Je montre qu’un geste ou un choix est orienté vers un objectif précis. Les connecteurs sont : “afin que”, “pour que”, “en vue de.”
Aller plus loin : la condition
J’introduis une condition ou une hypothèse. Ce mouvement dit que ce qui précède n’est vrai qu’à condition que quelque chose soit rempli, ou pose une hypothèse dont on tire les conséquences. Si… alors… Les connecteurs sont : “à condition que”, “pourvu que”, “si”, “dans l’hypothèse où.” “Le refus révèle l’identité à condition qu’il soit consenti. Si ce n’est pas le cas, il révèle la contrainte, pas l’identité.”