I) Le nouvel acteur : le peuple colonisé qui n'est pas encore une nation-État
La colonisation est le fait d’occuper des territoires étrangers, et de se les approprier. Le plus haut degré de la colonisation est probablement l’annexion : le fait de rattacher un territoire au sien. Un État colonisé est un État qui n’est pas souverain, c’est-à-dire qui n’a pas la capacité de gouverner son propre territoire. C’est l’entité colonisatrice qui est donc souveraine et qui gouverne son territoire.
Juridiquement parlant, un habitant d’un pays colonisé n’a pas le même statut juridique qu’un habitant du pays colonisateur : il n’est pas un citoyen, mais il est un sujet. Dans le droit français, il y avait la notion d’indigène : le sujet est un national français mais qui n’est pas citoyen. Ne pas être citoyen signifie ne pas posséder les droits politiques propres au citoyen, comme la possibilité de voter par exemple.
Le Code de l’indigénat est un régime pénal et administratif réservé aux indigènes : ils peuvent commettre des actes qui sont considérés comme des infractions alors que ce n’est pas le cas pour les citoyens.
Par exemple, en Algérie, dès 1881, tout « acte irrespectueux » ou « propos offensant vis-à-vis d'un agent de l'autorité même en dehors de ses fonctions » est érigé en infraction. En Indochine, le décret de 1881 prohibe les « irrévérences, manquements envers l'administration et les fonctionnaires » et les « propos irrévérencieux tenus dans le village contre l'administration ».
On comprend donc qu’au sein d’un même État, le colonisé et le colonisateur n’ont pas le même statut juridique, qui suppose qu’ils n'ont pas les mêmes droits.
Cela fait que le peuple colonisé n’a pas d’identité politique propre : il n’a pas de légitimité, qu’elle soit nationale ou internationale. En d’autres termes, un peuple colonisé n’est pas reconnu. La thèse de certains est que pour se faire peuple et être reconnu, il faut prendre les armes : c’est alors qu’un peuple se définit en tant que peuple. Cela jumelle la lutte armée à la notion même de peuple.
Cette définition n’est pourtant pas celle adoptée par l’ONU qui place explicitement le droit des peuples au cœur de son projet. L’ONU définit le peuple avec entre autres ces trois éléments : « l'existence d'une entité sociale possédant une identité évidente et ayant des caractéristiques propres, une volonté de s'administrer librement, et une relation avec un territoire ».