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I) Le système international repose sur une réciprocité entre souverainetés

Toute la Grande Question 1 s'est construite, depuis 1648, sur une base : « des États se déclarent la guerre, ils négocient entre eux la paix ». Cette base vient du cadre westphalien et est théorisée par Clausewitz. Avant de prouver que ces nouveaux acteurs rendent caduc ce système, il convient de le caractériser rapidement.

À Westphalie naît un système international où les États se reconnaissent entre eux, et où ils négocient après un conflit. Ils peuvent se faire la guerre, oui, mais cette guerre est cadrée et régulée. Clausewitz, influent théoricien de la guerre, montre qu'elle est politique : on ne fait la guerre que parce qu'on n'a pas réussi à atteindre ses objectifs autrement. Il la conçoit comme une continuation de l'action politique par d'autres moyens, ce qui suppose qu'elle soit l'affaire d'un État. Il la définit également comme un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à se soumettre à notre volonté.

C'est ainsi qu'on définit la guerre régulière : c'est la guerre telle qu'elle est classiquement menée, entre deux États rivaux, ou entre deux groupes d'États rivaux. Ces guerres régulières voient s'affronter des acteurs réguliers, c'est-à-dire des États. La guerre régulière est la forme classique de la guerre. Elle est dite irrégulière dès lors qu'un de ces deux critères disparaît : les belligérants ne sont pas des États, ou bien les moyens de faire la guerre ne respectent pas les pratiques classiques et agréées.

La pensée de Clausewitz suppose que l'adversaire peut être contraint, c'est-à-dire qu'on peut le forcer à faire ce qu'on souhaite qu'il fasse. Cela suppose qu'il ait lui aussi une volonté politique, et qu'on puisse le forcer à y renoncer ou à faire des compromis allant dans notre sens. Cela n'est possible que si les acteurs ont tous des objectifs politiques, et qu'ils se reconnaissent mutuellement sur le plan juridique afin de pouvoir conclure des compromis et des négociations qui se traduisent en traités et en accords. S'il n'y a pas cette reconnaissance, alors il ne peut pas y avoir de négociations. Et s'il peut y avoir des compromis, c'est parce que ces objectifs sont bornés et précis : ce peut être l'obtention d'un certain territoire, par exemple. Le tout est que cet objectif soit concret et limité, de sorte à ce qu'il puisse être négocié.

Qu'adviendrait-il de ce système si un des acteurs refuse la moindre négociation ? Après tout, comment pourrait-on organiser des négociations si l'un des acteurs souhaite détruire la table des négociations ?