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II) À partir des années 1990 apparaît un acteur qui n'est pas un État et n'a pas de territoire (1)

L'acteur non-étatique peut être défini comme étant un groupe armé « autonome ou indépendant de pouvoirs étatiques », ce qui recouvre les insurgés, les milices, les groupes paramilitaires ou encore les mouvements mixtes.

Cet acteur non-étatique est au premier abord à l'écart du système international, car il n'est pas reconnu par les autres États. Mais cela n'est pas un état définitif : un acteur non-étatique peut tout à fait être reconnu. L'OLP, l'Organisation de libération de la Palestine, était considérée comme une des pires organisations terroristes de la planète, avant d'obtenir une reconnaissance presque étatique. C'est en quelques semaines seulement que le changement de statut s'est opéré : le sommet de la Ligue arabe réuni à Rabat le 29 octobre 1974 la reconnaît comme « seul représentant légitime du peuple palestinien », et le 22 novembre 1974 l'Assemblée générale de l'ONU lui accorde un statut d'observateur. En quelques semaines, une organisation classée terroriste obtient une reconnaissance régionale puis une place à New York. Cela nous montre qu'un acteur non-étatique peut intégrer le système international, mais cela est conditionné à une condition : que son objectif soit d'intégrer le système.

Lors de la thèse précédente, on a évoqué des acteurs, des peuples sans État qui ont fait la guerre pour conquérir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ils voulaient devenir des États souverains, dont la souveraineté est reconnue, ce qui suppose leur intégration au système international. En d'autres termes, ils voulaient une place à la table des États souverains, dans le système international. Les nouveaux acteurs dont il est ici question ont un objectif inverse : ils cherchent à abolir cette table. C'est cela qui nous pousse à affirmer que : « À partir des années 1990, de nouveaux acteurs qui cherchent la destruction du système des États rendent impossible toute paix négociée, sortant alors du système westphalien. »

Après la Seconde Guerre mondiale, le monde se scinde plus ou moins en deux blocs antagonistes : c'est la Guerre froide, pendant laquelle le bloc américain s'oppose au bloc soviétique. Cette guerre est profondément idéologique : ce sont deux visions du monde diamétralement opposées. Mais si on parle de Guerre froide, c'est parce que l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les États-Unis d'Amérique ne se sont jamais affrontés frontalement, dans une guerre ouverte comme c'était le cas lors des guerres mondiales. Au lieu de cela, ils s'affrontaient à travers des conflits par procuration. L'affrontement était également indirect dans la mesure où chacun tentait de répandre son idéologie autant que possible, tout en tentant de ralentir voire empêcher la propagation de l'idéologie adverse.

Cela fait qu'il y avait un certain nombre d'États sous influence américaine ou soviétique : ils recevaient de la part de leur allié toutes sortes d'avantages. Cela pouvait être des biens, des investissements, des armes et des aides financières.

Lorsque l'URSS s'effondre en 1991, les États qui bénéficiaient du soutien soviétique se retrouvent démunis, ce qui est susceptible d'exposer des déficiences et des lacunes parfois graves. Certains de ces États étaient faibles politiquement et administrativement, c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas la qualité et la capacité nécessaires pour assumer leur souveraineté. Plus concrètement, ce sont les fonctions régaliennes qui sont déficientes. On entend par cela le fait d'avoir la capacité d'appliquer la loi, d'assurer la sécurité et le maintien de l'ordre avec les forces policières ou encore d'assurer la sécurité extérieure par la force militaire ou par la diplomatie.

C'est dans ce genre de contexte, où l'État est faible, qu'émergent des acteurs irréguliers qui peuvent être dans l'illégalité ou être dangereux sans être inquiétés par l'État qui n'a pas la force nécessaire pour imposer sa volonté. Ces États sont dits « faillis » ou « défaillants », failed states en anglais.

Ces États sont d'autant plus en difficulté que cela arrive dans un contexte de mondialisation où les frontières s'amenuisent et où les flux de circulation se multiplient. À cela s'ajoute l'émergence de mouvements nationalistes, qui peuvent se développer librement étant donné que l'État est trop faible pour réprimer leur développement.

Tel est le contexte global dans lequel émergent régulièrement les acteurs non-étatiques. Précisons.