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III) Le mécanisme à l'œuvre (2) : la République démocratique du Congo, la guerre pour l'État à l'échelle régionale (1)

La République démocratique du Congo (RDC, ancien Zaïre) montre comment la faillite des fonctions régaliennes transforme un pays immense en champ de bataille pour huit armées étrangères et des dizaines de milices.

Arrivé au pouvoir en 1965, Mobutu met progressivement en place un régime personnel dans lequel une grande partie des ressources de l'État est détournée au profit du président, de sa famille et de son réseau de clientèle.

Le régime fonctionne ainsi selon une logique de kleptocratie, c'est-à-dire un système politique dans lequel les dirigeants utilisent leur pouvoir pour détourner les ressources de l'État et s'enrichir personnellement, ainsi que pour enrichir leurs proches et leurs réseaux de clientèle.

Les ressources publiques sont donc utilisées pour enrichir et fidéliser une minorité plutôt que pour financer durablement l'administration, les infrastructures ou les services publics. Or, ces éléments participent directement à la capacité d'un État à assumer ses fonctions régaliennes.

Ce pillage des caisses de l'État a progressivement réduit les capacités financières du pouvoir central. L'État zaïrois devient notamment incapable d'entretenir correctement son administration et son armée. Les soldats sont de moins en moins régulièrement payés, tandis que l'équipement et la logistique se dégradent. Une armée mal financée, mal équipée et démoralisée devient alors beaucoup moins capable de contrôler l'immense territoire zaïrois.

La faiblesse de l'État devient particulièrement visible au début des années 1990, lorsque la fin de la guerre froide entraîne la diminution du soutien occidental dont bénéficiait Mobutu.

Le régime, déjà financièrement fragilisé par des décennies de prédation, ne dispose plus des ressources nécessaires pour maintenir efficacement son appareil d'État. L'armée se désagrège progressivement et le pouvoir central perd une partie de sa capacité à exercer son autorité sur le territoire.

Cela montre donc comment le détournement des ressources publiques peut produire un cercle vicieux. En effet, le détournement des ressources affaiblit les institutions. Ces institutions affaiblies deviennent moins capables de lever l'impôt et de financer l'armée. Une armée affaiblie permet à des acteurs armés locaux de s'imposer. La perte de contrôle territorial accentue à son tour la désintégration de l'État. Le Zaïre devient ainsi, dans les années 1990, l'un des exemples les plus caractéristiques d'un État dont les institutions ne parviennent plus à exercer efficacement leurs fonctions régaliennes.

La Première Guerre du Congo, du 24 octobre 1996 au 16 mai 1997, naît d'un débordement direct de la guerre civile rwandaise.

Le régime rwandais était furieux de découvrir que des miliciens hutus responsables du génocide de 1994 avaient établi des bases arrière au Zaïre voisin pour y mener des raids transfrontaliers. En réaction, le régime rwandais arme et constitue l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, l'AFDL, dirigée par Laurent-Désiré Kabila.

Des dizaines de milliers de combattants de l'AFDL et quelques milliers de soldats rwandais, appuyés par l'Ouganda, le Burundi et l'Angola, font face aux troupes zaïroises démoralisées épaulées par les miliciens interahamwe.

En mai 1997, après trente-deux ans d'un régime corrompu où le président Mobutu avait pillé les caisses publiques plutôt que de bâtir une armée fonctionnelle, l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila entre dans Kinshasa avec l'appui massif du Rwanda et de l'Ouganda. Le pays est rebaptisé République démocratique du Congo.