Introduction
Peut-on lire La Peau de chagrin comme le tableau d’un monde exténué ?
AccrocheDans la préface de la Comédie Humaine, Balzac explique que son dessein était de peindre l’humanité, les mœurs. Il écrit entre autres : « Ce n’était pas une petite tâche que de peindre les deux ou trois mille figures saillantes d’une époque, car telle est, en définitif, la somme des types que présente chaque génération et que La Comédie Humaine comportera. » Il parle lui-même de les Scènes de la vie parisienne comme d’un « tableau des goûts, des vices et de toutes les choses effrénées qu’excitent les mœurs particulières aux capitales où se rencontrent à la fois l’extrême bien et l’extrême mal. » En évoquant La Peau de chagrin, œuvre publiée en 1831 qui « relie relie en quelque sorte les Études de mœurs aux Études philosophiques », « où la Vie elle-même est peinte aux prises avec le Désir, principe de toute Passion », Balzac semble donc concevoir son œuvre, incluant La Peau de Chagrin, comme une peinture, un tableau. Et effectivement, l’œuvre balzacienne se caractérise par un sens du détail impressionnant, nous permettant de nous représenter parfois presque parfaitement les scènes, comme si nous la voyions. Pour autant, est-ce d’un monde exténué dont Balzac nous fait le tableau ?
DéfinitionUn monde exténué est un monde affaibli, privé de toute force.
ProblématisationAussi, si La peau de chagrin peint un monde exténué, ce devrait être un monde où l’énergie manque, où la vie est épuisée, amenuisée. Si à certains égards, certaines scènes de l’œuvre semblent en effet dépeindre des personnages exténués et épuisés, d’autres passages représente à l’inverse un monde plein d’énergie, presque en surcharge.
ProblématiqueDès lors, on en vient à se demander : si Balzac représente autant l'exténuation que l’énergie abondante, de quel monde exactement fait-il tableau ?
L’explication de William
Si vous avez lu la dissertation de philosophie, vous vous rendrez compte que le niveau de détail n’est absolument pas le même. Et en effet, il me semble qu’on n’exige pas autant de détails et de conceptualisation dans l’introduction au bac de français. J’ai alors choisi de synthétiser et d’aller à l’essentiel.
L’accroche permet d’introduire le sujet qu’on définit ensuite brièvement, en nous concentrant sur le mot clef qui « exténué ». La notion de tableau est importante mais elle est déjà traité avec l’accroche. Après avoir défini, on explicite ce qui est supposé par le sujet maintenant qu’on sait ce que veut dire « exténué » :
« Aussi, si La peau de chagrin peint un monde exténué, ce devrait être un monde où l’énergie manque, où la vie est épuisée, amenuisée. »
C’est une hypothèse, et le sujet n’affirme effectivement pas que La peau de chagrin se lit comme un tableau d’un monde exténué : elle demande si c’est possible. Ainsi, pour traiter la question, on définit ce qu’est un monde exténué et on montre ce que ça suppose sur la peau de chagrin. Maintenant, est-ce que cette hypothèse selon laquelle le roman peut se lire comme un monde exténué ? À certains égards, oui cela tient car « certaines scènes de l’œuvre semblent en effet dépeindre des personnages exténués et épuisés » mais on ne peut pas dire « oui c’est un monde exténué ! » de manière sûre et certaine car « d’autres passages représente à l’inverse un monde plein d’énergie, presque en surcharge ». Aussi, on arrive sur une impasse : on aimerait dire que c’est un monde exténué mais en même temps il y a une énergie démesurée, en excès dans ce roman. C’est ce genre de points de tensions, ce genre d’impasse qu’on recherche lors de la problématisation. Dès lors, on se pose une question : c’est la problématique.
PlanDans une première partie, nous verrons que La peau de chagrin semble effectivement pouvoir être lu comme le tableau d’un monde exténué où l'énergie manque cruellement. Pour autant, dans ce roman, ce monde exténué n’est paradoxalement pas dénué d’énergie : dans ce tableau, l’exténuation semble co-exister avec l’énergie débordante. Aussi, la peau de chagrin ne semble pas tant être le tableau d’un monde exténué que le tableau d’un monde plein d’énergie qui se consume, qui s’exténue lui-même à cause de cette énergie.