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Première grande partie

ThèseLa peau de chagrin semble effectivement être le tableau d’un monde exténué où l’énergie manque, où elle est presque absente.

Explication

La thèse est l’idée qu’on va défendre durant toute la grande partie. Aussi, tout le travail qui suit vise à prouver que cette idée est vraie. Pour ce faire, on suit une certaine structure : on formule des arguments qu’on prouve et qu’on relie systématiquement à l’argument et à la thèse.

Argument AEn effet, le roman peint plusieurs scènes où l’exténuation est omniprésente.

Explication

L’argument sert donc à prouver qu’une thèse est vraie. C’est comme si on parle avec quelqu’un de la peau de chagrin et qu’on lui dit « la peau de chagrin est le tableau d’un monde exténué où l’énergie manque, est presque absente ». Cette personne est mitigée. Elle demande « ah oui tu penses ? Pourquoi ? » On répondrait « parce que, le roman peint plusieurs scènes ou l’exténuation est différente ». Mais si on s’arrête là, qu’est-ce qu’il nous dit que ce qu’on dit est vrai ? « Ok mais qu’est-ce qui me pousserait à te croire ? » Dès lors, il faut prouver. Etant donné qu’on parle d’un livre, c’est en parlant de ce livre qu’on le prouve. Aussi, c’est seulement maintenant, après avoir posé une thèse et un argument qu’on utilise nos connaissances sur le livre pour un seul objectif : prouver notre argument pour prouver notre la véracité de notre thèse.

Note

J’utilise l’image « parce que » car on utilise dans le langage oral « parce que » lorsqu’on veut se justifier, argumenter. Mais en dissertation, je vous suggère de toujours séparer la thèse et l’argument : c’est mieux que ce soit des phrases différentes, comme je le fais moi-même dans cette dissertation.

ExempleParmi ces scènes, il y a la scène d’ouverture : elle est elle-même le tableau d’un monde exténué. Cette scène peut être vue comme un tableau dans la mesure où il y a énormément de détails : le vieillard est décrit avec un certain soin, presque pictural. Son apparition elle-même est visualisable « un petit vieillard blême accroupi dans l’ombre, protégé par une barricade, et qui se leva soudain en montrant une figure moulée sur un type ignoble. » Cette première scène, ce premier élément du tableau semble lui-même dépourvu d’énergie, comme le suggère son teint « blême », son « coup d’œil terne et sans chaleur, dans lequel un philosophie aurait vu les misères de l’hôpital, les vagabondages des gens ruinés, les procès-verbaux d’une foule d’asphyxies, les travaux forcés à perpétuité, les expatriations au Guazacoalco. La description continue avec plus de détails encore, se voulant réellement picturale, et toujours empreint de cette tristesse, de cette exténuation qui s’incarne par cette phrase : « Il n’y a plus qu’un jeu de cartes dans ce cœur-là ! ». Ce vieil homme semble donc dépourvu d’énergie. Le Palais-Royal lui-même est décrit avec un soin pictural, peignant un lieu également exténué, sans qu’il n’y ait « une seule image pour rafraîchir l’âme », où trois vieillards sont nonchalants, aux âmes « blasées », aux cœurs qui « depuis longtemps avaient désappris de palpiter ».

Conclusion localeAussi, cette scène est une des nombreuses scènes où les descriptions sont denses, picturales, et où une certaine exténuation est représentée.

Explication

Cette dernière phrase dit explicitement « si j’ai expliqué tout ça c’est pour vous montrer qu’il y a plusieurs scènes dans le roman où l’exténuation est omniprésente ». C’est super important car cela permet au lecteur de toujours rester connecter à l’analyse et au sujet.

Argument BS’il y a bien dans le roman de Balzac une incarnation de cette exténuation, c’est le personnage de Raphaël de Valentin.

ExempleC’est là une loi du roman réaliste que Lukács formulait ainsi, dans Balzac et le réalisme français, le héros concentre en lui « tous les éléments déterminants d’une période », si bien que ce qu’il est dit long sur ce qu’est le monde. Ainsi, si Raphaël de Valentin présente de l’exténuation, et est lui-même une peinture de l’exténuation, tout le roman pourrait être un tableau de l’exténuation. Après la scène du Jeu, Raphaël sort et marchait « comme au milieu d’un désert », et « n’écoutant à travers les clameurs populaires qu’une seule voix, celle de la mort ». On découvre alors un protagoniste voulait se suicider : il est tant dépourvu d’énergie vitale, tant exténué, qu’il en vient à vouloir se suicider. Il semble être en ce sens dans une exténuation extrême. Balzac propose tout un discours sur le suicide, où l’idée de grande souffrance est centrale : ce sont des personnes brisées, isolées, n’ayant ni ami, ni femme consolatrice, « qui s’ennuie ». Cette tristesse absolue est exprimée même dans le paysage, décrit à nouveau soigneusement, de sorte à ce qu’on puisse se l’imaginer : « des nauges gris, des bouffées de vent chargées de tristesse, une atmosphère lourde, lui conseillaient encore de mourir », . Ce paysage est à l’image d’un paysage état d’âme : il pourrait représenter les émotions, l’état intérieur de Raphaël. Dans la partie 2 du roman, on en apprend plus encore sur l’intériorité de Raphaël, lorsqu’il se confie à son ami Émile Blondet. Ce récit dans le récit sert à expliquer au lecteur comment Raphaël a atteint ce désespoir. Il disait « j’ai vingt-six ans à prinr, que je suis sûr de mourir inconnu, sans avoir jamais été l’amant de la femme que j’ai rêvé de posséder (…) ». On comprend à quel point il est un homme las, déprimé, exténué, dont l’énergie vitale a été épuisée. Après avoir rêvé, il se rend compte qu’il ne réalisera par ces rêves. En effet, il dit « Moi ! J’ai souvent été général, empereur, j’ai été Byron, puis rien ». Il semble que ce soit cet écart qu’il l’a mené dans cet état, qui l’a dépouillé de toute énergie. Lorsque Raphaël voit l’objet de son désir s’éloigner, il sombre dans une tristesse inouïe, comme lorsque Foedora s’éloigne de lui. Il dit à Pauline : « Fœdora me tue, je veux mourir. La vie m’est insupportable. » Pendant quinze jours, il restait dans sa mansarde et « consommai toutes ses nuits en de pâles études ». Il était, une fois de plus, dépourvu et vidé d’énergie, exténué. Aussi, Raphaël, le héros de ce roman semble à bien des égards être peint comme un personnage exténué, concentrant en lui les traits d’un monde exténué.

Argument CMais s'il y a bien des scènes et un protagoniste plein d’exténuation, l’idée d’un « monde » exténué suppose de travailler à une échelle plus grande encore.

ExempleDans l’Avant-propos de la Comédie humaine, on apprend le désir de Balzac de peindre la société et ses mœurs. La société française de 1830 est une société touchée par une douleur profonde : elle a grandi avec les récits d’héros ayant vécu dans un monde qui n’hésite désormais plus, maintenant qu’ils sont adultes. C’est le mal du siècle. Musset évoque la souffrance de cette génération dans La confession d’un enfant du siècle : « Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux. ». On trouve dans ce livre de Musset une profonde lassitude, un grand mal-être qui serait partagé par toute sa génération. Ce mal-être se retrouve dans le roman de Balzac, lorsqu’on évoque « la vie pâle de notre civilisation », suivi d’une désir pour « les malheurs de la déroute de Moscou, pour les émotions du Corsaire rouge et pour l’existence des contrebandiers ». Il y a l’incarnation de cette jeunesse du siècle de Musset qui regrette de ne pas vivre à une époque de grands frissons héroïques et grandioses. C’est une jeunesse désabusée et exténuée de vivre dans un monde si pâle et insipide. Musset explique comment les jeunes réagissent : « Les plus riches se firent libertins ; ceux d'une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l'épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l'enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l'affreuse mer de l'action sans but. Comme la faiblesse humaine cherche l'association et que les hommes sont troupeaux de nature, la politique s'en mêla. » Ce que décrit Musset est dépeint par Balzac lors de la scène de l’orgie où les invités s’enjoignent à la débauche, où la politique s’invite, où « En même temps que la vie du dehors était si pâle et si mesquine, la vie intérieure de la société prenait un aspect sombre et silencieux ; l'hypocrisie la plus sévère régnaient dans les mœurs ; les idées anglaises se joignant à la dévotion, la gaîté même avait disparu. » Musset ajoute : « Les mœurs des étudiants et des artistes, ces mœurs si libres, si belles, si pleines de jeunesse, se ressentirent du changement universel. Les hommes, en se séparant des femmes, avaient chuchoté un mot qui blesse à mort : le mépris ; ils s'étaient jetés dans le vin et dans les courtisanes. Les étudiants et les artistes s'y jetèrent aussi ; l'amour était traité comme la gloire et la religion ; c'était une illusion ancienne. On allait donc aux mauvais lieux ; la grisette, cette classe si rêveuse, si romanesque, et d'un amour si tendre et si doux, se vit abandonnée aux comptoirs des boutiques. » Cette description que fait Musset de son époque, Balzac la peint : il fait le tableau de cette jeunesse post napoléonienne désabusée et exténuée. C’est au lendemain, vers midi, que toute l’horreur de cette société est exprimée. Après les richesses et les désirs, les femmes présentées comme belles sont désormais « fatiguée », Rt Balzac dépeint la transformation en écrivant « sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celui d’une fille allant à l’hôpital ». C’est une scèneimmonde, presque horrifique que décrit Balzac, où il relie régulièrement l’état actuel des invités à leur état précèdent : « leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude », « Les teints bilieux qui jettent tant d’éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lhypogatisues, si blanches, si molles quand elles sont reposées étaient devenues vertes ». Il dépeint la scène jusqu’à évoquer Taillefer et écrivant : « le tableau fut complet ». Ce tableau où on aurait cru voir « la Mort souriant au milieu d’une famille pestiférée » était le tableau d’un monde profondément malade, définitivement exténué malgré l’apparente richesse et les rires.

Conclusion localeAussi, il semble indéniable qu’il y a dans la représentation balzacienne du monde dans ce roman une véritable exténuation généralisée.