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Deuxième grande partie

ThèseSi le monde que dépeint Balzac est plein d’exténuation, il est paradoxalement plein d’une énergie débordante et engloutissante.

Argument AEn effet, cette énergie est particulièrement présente chez les personnages. Raphaël, par exemple, s’il est exténué par moments, cet état est précédé d’une énergie débordante : Raphaël désire énormément, et ce désir est une énergie qui le met en mouvement.

ExempleCe désir s’incarne d’abord par ses rêves : « Moi ! j’ai souvent été général, empereur, j’ai été Byron, puis rien. Après avoir joué sur le faîte des choses humaines, je m’apercevais que toutes les montagnes, toutes les difficultés restaient à gravir. Cet immense amour-propre qui bouillonnait en moi, cette croyance sublime à une destinée, (…) Je voulus me couvrir de gloire et travailler dans le silence pour la maîtresse que j’espérais avoir un jour. » Avant d’avoir été las et exténué, il était donc plein de rêves et d’énergie, à un tel point qu’il avait « la prétention d’escalader le ciel sans échelle ». Mais c’est réellement sa rencontre avec Fœdera qui a fait naître un désir irrésistible en Raphaël : Fœdera le poursuivait comme « une mauvaise pensée avec laquelle on cherche à transiger, et il se demandait si cette femme et ce nom n’étaient ils pas le symbole de tous mes désirs et le thème de ma vie ? » Les rêves que Raphaël a toujours nourri semblait s’être incarner en cette femme riche et sans amant, « résistant à des seducatuons parisiennes : elle était l’incarnation des « espérances » et des « visions » de Raphaël. Et pourtant, ce désir dévorant existait avant même qu’il ne la rencontre : ce n’était que l’évocation de son nom qui avait réveillé toute cette énergie enfuie en Raphaël. La réplique « Fœdora ou la mort », que criait Raphaël de Valentin au détour d’un point illustre parfaitement le rapport qu’il avait à cette femme, et à quel ce désir envers elle était grand et débordant. N’ayant pas obtenu ce qu’il désirait, il ne restait à Valentin que l’autre alternative : la mort. Cela nous prouve donc que si le protagoniste est présenté à de multiples reprises comme étant exténué, cet état n’exclut pas la présence d’une énergie débordante.

Argument BCette énergie débordante se retrouve à plusieurs niveaux dans le roman, dépassant le seul personnage de Raphaël.

ExempleOn la retrouve bien sûr dans la scène de l’orgie, où avant que ce soit un spectacle hideux, le désir et l’énergie étaient extrêmement présents : « L’atmosphère était chaude de vin, de plaisirs et de paroles. L’ivresse, l’amour, le délire, l’oubli du monde étaient dans les cœurs, sur les visages, écrits sur les tapis, exprimés par le désordre, et jetaient sur tous les regards de légers voiles qui faisaient voir dans l’air des vapeurs enivrantes. » Aussi, avant d’être une scène prouvant que cette société est exténuée, c’est une scène qui prouve que cette société est pleine d’énergie et de désir. Mais cet énergie subsiste même après l’exténuation supposée : c’est après avoir été exténué par ses souhaits, par ses désirs que Raphaël tente de vivre dans un état végétatif, afin de ne pas mourir. Mais finalement, il succombe une fois de plus au désir : « En la voyant belle de terreur et d’amour, il ne fut plus maître de sa pensée : les souvenirs des scènes caressantes et des joies délirantes de sa passion triomphèrent dans son âme depuis longtemps endormie, et s’y réveillèrent comme un foyer mal éteint. » Malgré qu’il soit tant exténué qu’il était agonisant, qu’on lisant dans ses yeux « un de ces désirs furieux ». Raphaël, moribond, criait : « je t’aime, je t’adore, je te veux ! » Ainsi, même dans une exténuation extrême, une énergie inouïe subsiste toujours. Un dernier niveau où on retrouve cette énergie est dans le niveau le plus attendu. En effet, Raphaël a souhaité à l’Antiquaire, représentant le Savoir et étant supposé être à l’opposé de l’énergie du désir, de tomber « amoureux d’une danseuse ». Son souhait s’est réalisé, et le vieillard se retrouvait à désirer Euphrasie, « heureux comme un jeune homme ». Raphaël se disait en lui-même : « Combien de vieillards, (…) couronnent une vie de probité, de travail, de vertu, par une folie. » Cela fait que même ceux qui semblent dépourvu de s’être énergie, sans pour autant être exténué, peuvent finaler succomber au désir.

Conclusion localeAussi, l’énergie est si présente dans ce roman qu’elle se retrouve à tous les niveaux du récit.

Point sur la démonstrationAinsi, La peau du chagrin semble être un tableau exténué et pourtant rempli d’énergie.

Limites de la partie précédenteC’est un constat a priori paradoxal : comment deux états opposés peuvent-ils coexister dans le même monde, dans le même tableau ? En observant les rapports entre l’exténuation et l’énergie débordante, on remarque qu’il n’est pas rare que l’énergie précède l’exténuation. Aussi, se pourrait-il que si ce monde est exténué, c’est parce qu’il a trop désiré ? L’énergie serait-elle si abondante qu’elle finit par consumer ce monde jusqu’à le rendre exténué ?