II) Dans les faits, la guerre n'atteint presque jamais cette violence absolue et illimitée que sa nature suppose (3)
9. — À la guerre le résultat n'est jamais absolu.
Extrait de Clausewitz · De la guerre, livre I, chapitre 1
Enfin la solution dernière d'une guerre tout entière ne saurait elle-même être toujours considérée comme absolue. Souvent l'État vaincu ne voit dans sa défaite qu'un mal transitoire auquel il espère trouver un remède dans les relations politiques de l'avenir, et l'on comprend facilement tout ce que ces considérations peuvent enlever à la grandeur des efforts.
Dès lors, cela est susceptible de pousser encore à la modération, de sorte à ce qu'on reste éloigné de la guerre absolue.
10. — Les probabilités de la vie réelle se substituent aux conceptions extrêmes et absolues.
Extrait de Clausewitz · De la guerre, livre I, chapitre 1
C'est ainsi que l'acte entier de la guerre échappe à la rigueur de la loi de l'emploi absolu des forces. Or, dès que l'on n'a plus à redouter des efforts extrêmes et que soi-même on ne veut pas y recourir, c'est par le raisonnement, en se basant sur les données de la vie réelle et d'après le calcul des probabilités, qu'il faut rechercher les bornes auxquelles il conviendra de limiter sa propre action. Dès lors, les adversaires n'étant plus des abstractions mais des États et des gouvernements réels et la guerre n'étant plus un idéal mais une action qui se poursuit dans sa forme individuelle, des réalités du temps présent se dégagent des données qui permettent d'évaluer les inconnues de l'avenir.
Extrait de Clausewitz · De la guerre, livre I, chapitre 1
Chacun des belligérants, en raison du caractère, des dispositions, de l'état et de la situation de l'autre, peut calculer ce que très vraisemblablement sera l'action de celui-ci, et, par conséquent, déterminer ce que la sienne propre devra être.
Comme on l'a dit, la guerre, en tant qu'affrontement entre deux États, dépend beaucoup du contexte : qui est l'adversaire, quelles sont les forces en présence, quel est le champ de bataille… Cela fait qu'il faut réfléchir, faire des calculs, poser des hypothèses, établir des probabilités, ainsi de suite, ce qui empêche de se lancer corps et âme dans la bataille. La violence est de fait susceptible d'être limitée et bornée car elle est calculée et anticipée.
Une fois qu'on a posé ces différents éléments susceptibles de mener les belligérants à modérer leurs efforts, la guerre revêt une dimension quelque peu différente de la simple lutte, du simple duel dont l'objectif est de soumettre l'autre à sa volonté.