II) Les États font la guerre : ils ont la légitimité et la capacité de la faire
La légitimité ici est le fait qu’un acteur soit considéré comme ayant le droit de décider et de mener une guerre . Cette légitimité suppose un cadre de règles qui peuvent être formelles ou informelles. Quant à la capacité, c’est le fait d’avoir la possibilité matérielle de faire la guerre . Cela revient à disposer d’une armée, d’armes, et ce qui est semblable à cela.
Un acteur peut avoir la légitimité de faire la guerre sans en avoir la capacité. C’est le cas d’un souverain qui aurait une force militaire trop faible pour lancer des campagnes. À l’inverse, un acteur peut avoir la capacité sans avoir la légitimité. C’est par exemple le cas d’un chef de guerre qui a des armes et des troupes mais qui n’est pas reconnu par ses adversaires ou par le cadre de règles de son époque pour faire la guerre.
Dans l'Europe du XVIIe siècle, cette légitimité de faire la guerre se construit sur au moins trois registres distincts : le registre juridique et coutumier ; le registre moral et religieux ; et le registre diplomatique.
En 1625, en pleine guerre de Trente ans, un juriste construit un cadre visant à réguler la guerre : le juriste et diplomate néerlandais Hugo Grotius et son traité De jure belli ac pacis (Le Droit de la guerre et de la paix). Grotius voit par exemple qu’il faut des causes justes pour faire la guerre, comme la légitime défense ou la punition d’un tort. Si nous évoquons son travail, c’est parce que sa réflexion a nourri le système international débattu et construit pendant le Congrès en Westphalie. Son traité est aujourd’hui considéré comme un des textes fondateurs du droit international contemporain.
À l’issue du congrès en Westphalie naissent deux traités. Ces traités constituent le fondement du système international de cette époque, où les relations entre les États sont régulées juridiquement. Un de ces traités, celui d’Osnabrück, nous intéresse particulièrement.
Ce traité est signé entre l’Empereur du Saint-Empire germanique, les États de l’Empire ainsi que la Suède. L’article VIII accorde un droit précis : chaque État de l’Empire peut conclure des alliances entre eux et avec des puissances étrangères, pour se protéger . Il y a cependant une condition : ces alliances ne doivent pas être dirigées vers l’Empereur ou l’Empire. À l’intérieur de ce cadre, toute alliance est autorisée. Concrètement, ce qui est accordé à ces États, c’est une réelle capacité de faire la guerre et de s’allier, qui est conséquente sans pour autant être absolue : cette capacité juridique, cette légitimité reste encadrée et bornée .
Westphalie définit donc en 1648 quelles entités ont le droit, sont légitimes juridiquement parlant à faire la guerre. Nous voyons donc qu’à cette période, les États ont la légitimité et la capacité de faire la guerre. S’en suit dès lors une question : pour quelles raisons sont-ils amenés à faire la guerre ?