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III) Les États, à cette période, font la guerre pour atteindre des objectifs politiques

La guerre de Trente ans, qui se déroule de 1618 à 1648 débute pour des raisons religieuses : des protestants se sont révoltés car ils ne voulaient pas un souverain catholique. Les traités de Westphalie, en refermant la guerre de Trente ans, referment en quelque sorte un type de guerre : la guerre confessionnelle, où se bat pour la vérité religieuse. La paix de Westphalie marque le passage d’une logique de guerre de religion à une logique plus politique et territoriale.

La rupture n’est pas immense dans la mesure où il y avait déjà dans les guerres d’avant 1648 des logiques politiques et territoriales : ce n’est absolument pas une nouveauté et il ne faut pas non plus croire que les guerres ne portent plus du tout d’enjeux religieux. Aussi, ce n’est pas une rupture majeure mais c’est plutôt une question de tendance : quelle est la raison principale qui pousse les souverains à faire la guerre après la paix de Westphalie ? C’est donc une question de hiérarchie.

Ce basculement s'incarne avec un concept : la raison d’État. C’est défini par Friedrich Meinecke comme « la maxime selon laquelle l'État agit, la loi qui régit son fonctionnement ». Ce que ce cadre produit sur la guerre est décisif : la guerre cesse d'être un acte moral ou religieux pour devenir un calcul d'intérêt. Elle entre dans l'ordre des moyens dont l'État dispose pour sa conservation et son agrandissement, au même titre que la diplomatie, le commerce ou le mariage dynastique. La fin est politique parce que la raison d'État a fait de l'intérêt de l'État la mesure de toute chose.

Concrètement, comment cela s’incarne-t-il ? Cela s’incarne par ce qu’on peut appeler la guerre de cabinet . On peut définir ainsi les conflits réguliers et limités de l’Europe entre la paix de Westphalie et la Révolution française. Le cabinet est le conseil restreint du souverain. Cela décrit comment sont décidées ces guerres : ce sont le souverain et quelques ministres qui décident de faire la guerre.

Nous pouvons évoquer trois caractéristiques principales des guerres de cabinet. La première caractéristique est que ces guerres sont menées par une armée permanente et professionnelle, rémunérée, disciplinée. La deuxième caractéristique est que ces guerres de cabinet privilégient le siège plutôt que la bataille rangée. On pouvait définir la guerre comme étant un duel dont l’objet est de conquérir une ville ou une province afin de mieux négocier des clauses avantageuses. De cela s’en suit une troisième caractéristique : la guerre de cabinet poursuit des objectifs bornés, définis : on cherchait à atteindre un but précis et circonscrit.

Ces objectifs peuvent être divisés en catégories. On peut distinguer le but militaire comme vaincre telle ou telle armée, assiéger telle ou telle ville. L’autre objectif est l’objectif politique : si on veut gagner la guerre, c’est pour obtenir telle ou telle territoire, ou sécuriser telle ou telle frontière, et ce qui est semblable. Le but militaire est à cette époque à annexer au but politique : on ne conquiert pas une ville pour conquérir une ville, ce n’est pas une fin en soi, c’est un moyen d’obtenir une autre chose qui est politique.

Ces objectifs politiques peuvent être classifiés. Tout d’abord, on trouve les objectifs territoriaux : ce qui est visé est l’agrandissement du territoire, le renforcement d’une frontière, et ce qui est semblables. Ensuite, les objectifs dynastiques : ce qui est visé peut être le fait de faire valoir un droit de succession, un héritage, une clause de mariage, et ce qui est semblable. Les objectifs peuvent aussi chercher à préserver l’équilibre international : on cherche alors à empêcher un rival de devenir trop puissant ou à l’inverse, on cherche à rétablir l’équilibre en s’alliant comme un État devenu trop puissant. Enfin, on peut évoquer les objectifs visant la gloire ou le rang : ces questions sont des enjeux importants à cette époque où le prestige du souverain contribue à la puissance.

On remarque que quelques objectifs dits politiques sont annexés à la figure du roi : c’est normal, car à cette période, l’État est majoritairement représenté par le souverain. Ainsi, le fait que tel souverain ait une réputation glorieuse est un objectif politique à part entière, tout comme la défense des frontières peut l’être.

Veillons cependant à distinguer l’objectif affiché de ce qui est vraiment en jeu pour le cabinet. Un souverain est tout à fait susceptible d’habiller sa conquête d’un droit, comme le droit de succession. Par cela, la guerre est légitime aux yeux des autres États.

Puisque la guerre est politique, elle est couplée avec la diplomatie : elle représente un moyen de pression afin d’atteindre ses objectifs. Si on n’est pas capable d’obtenir ce que souhaite par la diplomatie, alors la guerre est susceptible de décanter la situation et de permettre d’obtenir ce qu’on souhaite par un traité marquant la fin du conflit. On lit chez Clausewitz, dans le Livre VIII de De la guerre, que la guerre « n'était là, en somme, qu'une diplomatie renforcée, une manière plus énergique de négocier où les batailles et les sièges remplaçaient les protocoles » . Et effectivement, on peut dessiner un schéma typique : les volontés politiques ne peuvent pas être réalisées, alors on ouvre les hostilités afin d’améliorer sa position puis, on reprend les négociations et on signe un traité. Cela explique qu'après la paix de Westphalie, plusieurs traités de paix rythment les relations entre les États européens comme le traité des Pyrénées en 1659, la paix d’Aix-la-Chapelle, ou encore les traités d’Utrecht, par exemple.

Tous ces éléments que je vous donne n’ont pas pour objectif d’être appris par cœur, mais d’être compris, de manière à ce que vous puissiez vous approprier, je l’espère plus facilement, ce qui suit. Après avoir expliqué les caractéristiques de ces guerres de la période qui suit Westphalie et qui précède la Révolution française, il est temps de prouver cela avec des exemples concrets : les guerres de Louis XIV et la guerre de Sept ans.