V) La guerre de Sept ans est une guerre limitée au sens clausewitzien où les États poursuivaient des objectifs politiques bornés et définis (1)
Ce qui rend la guerre de Sept Ans si intéressante pour notre thèse, c'est qu'elle commence par un événement diplomatique presque sans précédent : le "renversement des alliances".
Depuis la fin du règne de Louis XIV, l'Europe était organisée autour d'un axe Autriche-Grande-Bretagne contre France-Prusse. Le chancelier autrichien Wenzel Anton von Kaunitz, ambassadeur à Paris de 1750 à 1753, retourne complètement cette configuration : il convainc l'impératrice Marie-Thérèse de se rapprocher de la France par le traité de Versailles du 1er mai 1756, afin d'isoler la Prusse et de récupérer la Silésie perdue lors de la guerre de Succession d'Autriche. Craignant l'encerclement, le roi de Prusse Frédéric II frappe le premier en envahissant la Saxe, ce qui déclenche formellement la guerre. C'est un exemple précis de ce que Clausewitz théorisera un demi-siècle plus tard : c'est une guerre de cabinet décidée par calcul diplomatique pur au sommet de l'État, sans mobilisation populaire à l'origine.
Continuons ! La guerre voit deux camps principaux s’affronter : un axe prusso-britannique auquel se joint le Portugal, contre un axe franco-autrichien rejoint par la Russie et l'Espagne. Le champ de bataille est vaste : il y a des affrontements aux Indes, en Amérique du Nord, et en Europe. Certains historiens voient que cette guerre est la vraie première guerre mondiale. La Prusse, inférieure aux coalisés, fait la guerre de façon stratégique. L’objectif militaire est borné et limité : user l’adversaire. Cet objectif est annexé à un objectif politique : forcer l’ennemi à négocier une paix permettant d’atteindre un objectif politique, à savoir la reconnaissance de la Silésie. Si on reprend : la Prusse fait en sorte d’user l’adversaire jusqu’à ce qu’il accepte de négocier la paix et de reconnaître que la Prusse obtient la Silésie . Cela illustre donc ce qu’on a pu voir depuis cette thèse.