III) La Nation fait la guerre pour défendre et répandre ses idées
Pendant les guerres royales, lorsque le roi fait la guerre à un autre roi, il fait la guerre à un individu ayant un statut comparable au sien. Les relations ne sont pas amicales, bien sûr, mais elles aboutissent souvent à des négociations, à des compromis, voire même à des mariages. Mais lorsque l’ennemi vous fait la guerre car il rejette vos principes, ce n’est plus du tout la même dynamique. L’ennemi est l’ennemi d’un principe, d’une valeur, et cela ne se négocie pas comme se négocie une province.
Dans des discours les 29 et 30 décembre 1791, Brissot pousse la France à porter la Révolution par les armes au-delà de ses frontières. Robespierre s'y oppose et prononce, le 2 janvier 1792, « Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis. »
En ce sens, on voit que les acteurs mêmes de la Révolution voyaient que la guerre était susceptible de changer quelque peu de nature : on cherchait toujours à défendre ses territoires, bien sûr, mais il y a désormais une dimension idéologique qui transforme la vision de la guerre.
Les guerres de la Nation se donnaient finalement le but de la défense et de la propagation d'idées philosophiques. La guerre portait maintenant une dimension infiniment plus sentimentale et passionnelle, car ce qui est en jeu est profondément sentimental et passionnel.
Dans la Constitution de 1791, on voit que « la Nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. » Cela pose un principe fort et distinctif, qui oriente les guerres de la Nation d’une logique territoriale à une logique idéologique et philosophique. À en croire ce texte, la Nation ferait désormais, au moins en partie, la guerre pour défendre ses idées. Dans les faits, cela est discutable, mais il est intéressant de noter qu’une telle affirmation est la première Constitution.
Le 19 novembre 1792, la Convention « déclare, au nom de la nation française, qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ». On ne se contente donc plus de défendre le territoire, mais on exporte et on défend également un principe.
Le 15 décembre 1792, un second décret organise l'administration révolutionnaire des pays occupés : cela passe par la destruction de l'ordre féodal, l'abolition des droits seigneuriaux, la saisie des biens d'Église. C'est la formule restée célèbre sous la forme « guerre aux châteaux, paix aux chaumières » : la guerre vise un ordre social entier, à abattre partout où l'armée passe. C’est en ce sens qu’à bien des égards, la guerre revêt désormais une importante dimension idéologique.