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IV) Napoléon : accomplissement ou trahison de la Nation ?

Napoléon Bonaparte est né en 1769 à Ajaccio, en Corse, dans une famille de petite noblesse. Il fait ses études militaires en France et gravit rapidement les échelons de l’armée révolutionnaire, se distinguant notamment lors du siège de Toulon en 1793. Il s’illustre ensuite lors des campagnes d’Italie et d’Égypte. En 1799, alors que le Directoire s'effondre après quatre ans d'instabilité, Bonaparte, de retour d'Égypte, organise avec Sieyès le coup d'État du 18 brumaire et prend le pouvoir. En 1804, il se fait sacrer empereur des Français.

À première vue, Napoléon marque une rupture dans la mesure où de nouveau le pouvoir est concentré dans les mains d’une seule personne. Se pose alors une question : Napoléon trahit-il les idées révolutionnaires ?


D’un point de vue militaire, Napoléon semble être un héritier de la Révolution. Il hérite de la nation armée, mais il la cadre avec des professionnels, ce qui fait que sous Napoléon, la Nation est toujours en armes, mais elle est encadrée par l’armée de métier. Sa Grande armée est fille de la conscription de 1798.

Les guerres de Napoléon se caractérisent entre autres par cet engagement du corps civique national, par la taille immense des effectifs militaires possible grâce à cet engagement national, et enfin par une expansion territoriale inédite.

Ce dernier élément nous pousse à nous interroger sur les buts de guerre de Napoléon. Il concevait des buts de guerre considérables, le menant à faire la guerre dans toute l’Europe, comme s’il était à la recherche d’un empire continental.

Avec la conscription, Napoléon n’avait pas à se contenter d’une armée professionnelle comme les souverains de l’Ancien Régime : il avait des ressources humaines bien supérieures. Cela peut pousser à une ambition démesurée, rendue possible par ces ressources inouïes.

On assiste alors à un déplacement : la Nation qui faisait la guerre pour répandre une cause universelle devient un Empire qui conquiert pour la gloire dynastique d'une famille, qui rétablit une cour, un sacre, des rois de son sang sur les trônes d'Europe. L'instrument idéologique de la Révolution, la nation en armes, est mis au service d'une fin qui n'est plus tant idéologique qu’impériale. C'est en ce sens précis que l'on peut parler de trahison : l'instrument militaire est toujours le même, et est perfectionné, mais la finalité change.