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III) Ces peuples colonisés font la guerre pour devenir une nation souveraine (1) : l’exemple de l’Indochine

En Indochine, le colonisé possède déjà un gouvernement. Le Vietminh, fondé en 1941 et dirigé par Hô Chi Minh, le 2 septembre 1945, deux jours après la capitulation japonaise, proclame la République démocratique du Vietnam. Bao Dai, l'empereur régnant, s'associe au nouveau gouvernement comme « conseiller spécial ». La jeune république cumule ainsi la légitimité révolutionnaire et la légitimité dynastique : c'est un peuple qui reprend la souveraineté dont il se dit dépossédé.

En 1945, la déclaration d’indépendance de la République démocratique du Vietnam est prononcée. Elle cite la déclaration d’indépendance américaine de 1776 : « Tous les hommes sont créés égaux » avant de généraliser la formule aux peuples du monde : « Tous les peuples sur la terre sont égaux dès leur naissance, tous les peuples ont droit de vivre, d'être heureux et libres ».

Le colonisé retourne ainsi contre le colonisateur le discours même des droits que l'Occident avait produit pour lui-même en 1776 et en 1789 : c'est la preuve la plus directe que le droit conquis en 1945 par les peuples colonisés est perçu par eux comme l'universalisation d'un droit déjà énoncé, qui ne leur a pas été attribué.

Et cette légitimité, la France commence par la reconnaître. Le 6 mars 1946, les accords Hô-Sainteny actent que « la France reconnaît la République du Vietnam comme un État libre ayant son gouvernement, son Parlement, son armée et ses finances ». Un an avant que la guerre ne se généralise, la souveraineté du Vietnam n'est donc pas seulement revendiquée par lui, elle est écrite et signée par la France elle-même.

Si la guerre éclate, c'est précisément parce que cette signature est reniée. L'amiral Thierry d'Argenlieu, haut-commissaire hostile à l'indépendance, fait bombarder le port de Haiphong le 23 novembre 1946 sous prétexte d'un différend douanier : plusieurs milliers de morts, majoritairement civils. Le 19 décembre, Hô Chi Minh appelle son peuple à l'insurrection : « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme. » La guerre commence donc parce que le colonisateur reprend par les armes ce qu'il avait accordé par écrit.

La voie diplomatique est tentée mais elle est un échec. En effet, Hô Chi Minh télégraphie au président américain Truman, qui ne répond jamais, tandis que la Charte des Nations unies n’est d’aucune utilité, à ce moment-là, pour un peuple colonisé.

Il faudra huit ans de guerre pour que la France soit militairement vaincue, à Dien Bien Phu, le 7 mai 1954, au terme d'un conflit qui aura fait entre 500 000 et un million de morts. La conférence de Genève se clôt le 21 juillet 1954 sur un cessez-le-feu. La France n'y reconnaît pas l'indépendance du Vietnam : elle y acte sa défaite et son retrait, la souveraineté ayant été proclamée par le Vietminh lui-même neuf ans plus tôt.