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III) Ces peuples colonisés font la guerre pour devenir une nation souveraine (2) : l’exemple de l’Algérie

En Algérie, la Déclaration du 1er novembre 1954, rédigée par le journaliste Mohamed El Aïchaoui sous la dictée de Boudiaf et Didouche, fixe pour objectif la « restauration de l'État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques », dans le respect de « toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ni de confession », par « la continuation de la lutte par tous les moyens » à l'intérieur et la volonté d'« internationaliser le problème algérien » à l'extérieur. C’est un front organisé qui fait la guerre pour se faire souverain, en cherchant la restauration. Le FLN cherche donc à reconquérir une souveraineté retirée au peuple algérien.

Ceux qui portent ce texte sont les « chefs historiques » : Boudiaf, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Krim Belkacem, Ben M'Hidi, Bitat et Didouche. Mais une difficulté propre à l'Algérie apparaît aussitôt, que l'Indochine ne connaissait pas : avant de pouvoir parler à la France au nom du peuple algérien, le FLN doit d'abord conquérir ce droit contre le MNA de Messali Hadj, au prix de milliers de morts entre Algériens. Se poser en représentant légitime d'une nation est donc, en soi, un enjeu de guerre.

La guerre s’ouvre dans la nuit qui suit la Déclaration du 1er novembre. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, plus de trente attentats coordonnés, la « Toussaint rouge », font huit morts. Le basculement vers la guerre à outrance vient l'été suivant, dans le Constantinois, où des massacres de civils européens sont suivis d'une répression de masse contre les populations algériennes, que le secrétaire d'État Max Lejeune lui-même qualifiera de « répression aveugle ». Toute possibilité de compromis meurt là.

En août 1956, le congrès de la Soummam, mené par Abane Ramdane et Krim Belkacem, découpe le territoire en six wilayas, met en place une organisation politico-administrative et affirme la primauté du politique sur le militaire. Comme au Vietnam, le mouvement ne se contente pas de combattre : il se dote des organes d'un État avant même d'en avoir obtenu la reconnaissance. Ces peuples se sont battus pour obtenir leur souveraineté nationale, et n’ont pas attendu qu’on les reconnaisse pour adopter une structure étatique.

De janvier à octobre 1957 a lieu la bataille d’Alger. La France utilise la torture, ce qui la décrédibilise à l’échelle internationale. Le réseau du FLN à Alger est démantelé, ce qui fait que le FLN perd la bataille. Pour autant, la guerre n’est pas perdue : la défaite militaire n'implique pas une défaite politique. La conquête de la souveraineté algérienne n’est donc pas terminée, et en parallèle de l’affrontement, elle est menée autrement.

En effet, la reconnaissance de la souveraineté algérienne cherchée par les armes contre la France est, en parallèle, conquise par le droit. Le 13 juin 1956, treize pays afro-asiatiques, dans la lignée de Bandung, demandent une session extraordinaire de l'Assemblée générale de l’ONU. Le 13 décembre 1958, l’Assemblée générale refuse encore de reconnaître le droit de l'Algérie à l'indépendance. C’est la France qui est seule à s'y opposer, invoquant un « problème interne ». Le 22 août 1960, le GPRA, le Gouvernement provisoire de la République algérienne créé en 1958, demande à l'ONU un référendum sous son contrôle. Le 20 décembre 1961, l'Assemblée générale adopte par 62 voix contre 32 une résolution appelant à la poursuite des négociations. Cette décision est une prise de position en faveur du peuple algérien.

Trois mois après la résolution de décembre 1961 ont lieu les accords d’Évian, marquant la fin de la guerre. Les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962, et le cessez-le-feu entre en vigueur le lendemain. Le 1er juillet a lieu un référendum d’autodétermination, où la France demande aux Algériens ce qu’ils désirent. Ce référendum est une application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les accords d’Évian prévoyaient des garanties qui n’ont pas été tenues : des dizaines de milliers de harkis sont massacrés, et près d’un million de pieds-noirs quittent l’Algérie en quelques mois.

Cette guerre était officiellement qualifiée par la France comme étant les « événements d’Algérie ». Le droit international humanitaire a fini par reconnaître à ces guerres un statut distinct de celui d'une simple insurrection interne, ce qui légitime en droit le recours à la force par les mouvements de libération. Ces peuples étaient donc légitimes juridiquement parlant à faire la guerre pour conquérir leur indépendance. L'article 1er, paragraphe 4 du premier protocole additionnel aux conventions de Genève, adopté le 10 juin 1977, intègre explicitement dans la catégorie des conflits armés internationaux « les conflits armés dans lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et l'occupation étrangère et contre les régimes racistes ».

Avant ces guerres, le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’appliquait principalement aux Européens. Ces guerres cumulées ont eu pour conséquence de rendre ce principe universel. En 1945, 51 États sont membres de l’ONU. En 1993, il y en avait 189. La quasi-totalité de cette croissance immense est un résultat de la vague de décolonisation entamée dans les années 1950.

Mais il convient de nuancer notre propos : la guerre n’a pas été la seule voie de la décolonisation.