III) Ces peuples colonisés font la guerre pour devenir une nation souveraine (3) : la nuance des indépendances sans guerre
En Gold Coast, Kwame Nkrumah fonde le Convention People's Party en 1949 et lance en 1950 la campagne de « Positive Action », faite de grève générale et de désobéissance civile, sans armes. Emprisonné, il remporte les élections de 1951 depuis sa cellule, ce qui contraint les Britanniques à le libérer et à le nommer chef du gouvernement. S’ensuivent des transferts de pouvoir qui aboutissent à la naissance du Ghana le 6 mars 1957, premier pays d'Afrique subsaharienne indépendant, sans guerre. Harold Macmillan théorise ce choix devant le Parlement sud-africain le 3 février 1960 : « The wind of change is blowing through this continent. » Ce cas nous montre que la décolonisation ne suppose pas forcément une guerre.
Cela se confirme d’autant plus que d’autres colonies françaises ont également obtenu leur indépendance sans passer par la guerre. En 1956, la France accorde au Maroc et à la Tunisie l’indépendance en pleine guerre d’Algérie. Comment expliquer cette différence de traitement ? Une des hypothèses soulevées est que c’est le peuplement qui décide en partie de l’importance accordée à une colonie. En effet, au Maroc et en Tunisie, il n’y a pas une colonisation de peuplement significative : peu de Français y étaient installés. En Algérie, il y a une communauté d’un million de pieds-noirs, dont les intérêts fonciers, c’est-à-dire ce qui concerne la propriété des terres, et les intérêts économiques étaient menacés par la conquête algérienne de la souveraineté.
En 1960, 17 pays africains obtiennent leur indépendance, à un tel point que cette année a pu être appelée « l'année de l'Afrique ».
On voit que la guerre n’est pas une condition de l’indépendance : elle est contextuelle, selon les intérêts de l’État colon, de sa capacité militaire, économique et d’autres facteurs encore. Et lorsqu’elle a éclaté, les peuples colonisés cherchaient à conquérir eux-mêmes le statut d’État souverain que l’ordre international ne reconnaissait jusque-là qu’aux peuples européens.