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IV) La légitimité des organisations djihadistes est auto-proclamée, et contestée aussi bien du dehors que du dedans

Il faut ici distinguer trois niveaux : l'argument public de légitimation (l'obligation individuelle universalisée), la motivation politique réelle (la destruction de l'ordre établi et l'instauration d'un nouvel ordre transnational), et le mécanisme de légitimité lui-même (au nom de quoi ces acteurs prétendent-ils exercer la violence légitime ?).

Étant donné que leur objectif est de détruire le système international, leur légitimité ne peut découler des institutions étatiques ou juridiques existantes. On distingue la légitimité juridique, fondée sur la reconnaissance par un ordre établi, de la légitimité idéologique ou autoproclamée, qui s'affranchit de toute approbation extérieure. Un acteur qui ne tire sa légitimité que de lui-même n'a structurellement rien à demander à des tiers, et par conséquent rien à négocier.

Cette prétention est massivement contestée de l'extérieur, y compris au sein du monde musulman. Dans le droit classique, la conduite de la guerre relève d'une autorité politique établie, non d'initiatives individuelles. Le rejet de ces organisations a été formulé par les plus grandes institutions religieuses sunnites, comme l'université al-Azhar du Caire, les instances religieuses saoudiennes et l'Organisation de la coopération islamique.

Sur le plan individuel, ni Ben Laden (formé en économie/gestion à l'Université du Roi Abdulaziz) ni Zawahiri (chirurgien diplômé de l'Université du Caire en 1974, titulaire d'un master de chirurgie en 1978) ne disposaient de la qualification de juristes musulmans reconnus.

La contestation traverse également le mouvement de l'intérieur. En novembre 2007, Sayyid Imam al-Sharif (dit le Docteur Fadel), figure historique du djihadisme égyptien, publie une révision doctrinale majeure désavouant les méthodes d'al-Qaïda et réaffirmant que des chefs de groupes armés n'ont aucune autorité légitime pour déclarer l'anathème (takfir).

Cette pratique de l'anathème montre la nature politique de leur démarche : l'accusation d'apostasie n'est pas une simple règle doctrinale, mais un instrument politique servant à disqualifier par avance toute contestation. Le bilan humain en témoigne : une écrasante majorité des victimes des attentats de ces organisations sont des civils musulmans.

Le second front de contestation interne porte sur la légitimité du califat lui-même. En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonce unilatéralement la fusion de sa branche irakienne avec le Front al-Nosra en Syrie. Zawahiri et le chef d'al-Nosra rejettent cette décision. Le 3 février 2014, le commandement d'al-Qaïda rompt officiellement avec l'organisation de Baghdadi.

Ce désaveu s'accentue après la proclamation de juin 2014 : Zawahiri déclare publiquement à l'automne 2015 qu'il ne reconnaît pas la validité du califat de Baghdadi. La contestation de légitimité est donc totale : elle émane des États, des institutions religieuses établies, mais aussi des théoriciens et dirigeants historiques du djihadisme eux-mêmes.

Sans reconnaissance mutuelle ni autorité partagée, il n'existe aucun interlocuteur valide : la négociation suppose deux parties qui se reconnaissent réciproquement le droit d'exister et de signer des accords.