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V) Parce qu'il veut détruire le système, aucune paix négociée n'est possible avec lui

Al-Qaïda et Daech ont développé deux approches différentes : al-Qaïda privilégie une stratégie en réseau et la déstabilisation, tandis que Daech a cherché à bâtir immédiatement un proto-État territorial.

À son apogée après juin 2014, l'organisation État islamique a contrôlé un territoire d'environ 300 000 km² à cheval sur l'Irak et la Syrie (une superficie comparable à celle de l'Italie ou supérieure à celle du Royaume-Uni), levant des impôts et administrant des populations via des départements (diwans). Mais cette territorialisation fixe a exposé l'organisation à une riposte militaire frontale.

Mossoul et Raqqa sont reprises en 2017 ; le dernier bastion territorial, Baghouz, tombe le 23 mars 2019 sous l'action des Forces démocratiques syriennes soutenues par la coalition internationale.

Or, cette victoire militaire n'a débouché sur aucun traité de paix ni aucune négociation. L'entité a été combattue et démantelée, non traitée comme un belligérant diplomatique. Une défaite qui ne produit aucune clôture politique n'éteint pas la logique de guerre, car il n'existe personne pour signer la paix.

L'élimination des chefs successifs illustre la même impasse. La mort de Ben Laden le 2 mai 2011 n'a pas mis fin à la menace d'al-Qaïda. De même, la mort de Baghdadi lors de l'assaut américain à Barisha dans la nuit du 26 au 27 octobre 2019, puis celle de son successeur al-Qourachi en 2022, n'ont ouvert aucune dynamique de négociation.

Ce constat contraste nettement avec les conflits impliquant des mouvements armés nationalistes ou révolutionnaires du XXe siècle :

• L'IRA en Irlande du Nord : après trente ans de conflit, les accords du Vendredi saint sont signés le 10 avril 1998, débouchant sur l'abandon de la lutte armée en 2005 et l'intégration des républicains dans les institutions politiques.

• L'ETA au Pays basque : le mouvement dépose les armes le 8 avril 2017 et prononce sa dissolution définitive le 3 mai 2018.

• Les FARC en Colombie : après le rejet du premier texte par référendum le 2 octobre 2016, un accord révisé est signé le 24 novembre 2016 à Bogota, organisant la démobilisation et la transformation du mouvement en parti politique légal.

Dans chacun de ces cas, les objectifs (indépendance, autonomie, réforme institutionnelle ou agraire) étaient limités et compatibles avec le cadre étatique. C'est parce que ces mouvements cherchaient une place ou une transformation au sein du système politique qu'un compromis négocié a été possible, à l'inverse absolu des mouvements djihadistes transnationaux.