← Faire la guerre, faire la paix

Page 3 sur 11

I) Connaître la notion d'État failli (2) : la définition de l'État failli

L'idée de failed state, traduite par État failli ou défaillant, naît dans les années 1990. Boutros Boutros-Ghali, alors secrétaire général de l'ONU, donne une définition claire de cette idée en 1996 : l'État en faillite est « un État qui n'est plus gouverné ».

Le politologue américain Robert Rotberg explique le mécanisme : un État faillit parce qu'il ne peut plus délivrer à ses habitants les biens politiques qu'il leur doit, et parmi eux, la sécurité qui est le devoir fondamental et primaire de l'État, incluant l'empêchement des invasions, l'élimination des menaces internes, et la résolution des conflits sans armes.

Tel est l'État failli : il peut tout à fait siéger à l'ONU, avoir le même statut dans le système qu'un autre État, avoir son drapeau, son hymne, mais il n'est pas autant capable d'assurer ses fonctions régaliennes que les autres pays.

Un État failli appartient donc toujours au système international. Seulement, il n'est plus qu'une coquille, dans la mesure où extérieurement, il a les propriétés d'un État, mais intérieurement, au sein de son territoire, il ne possède pas la force supposée par sa nature étatique.

C'est une coquille dont l'extérieur est celui d'un État : il a les apparences extérieures de la souveraineté, comme un nom reconnu sur les cartes, un siège à l'ONU, un drapeau, un hymne, des frontières reconnues par les traités internationaux. Mais l'intérieur est vide de force, de contrôle, d'autorité étatique ; il n'a de souveraineté que dans les attributs extérieurs sans en posséder les propriétés intérieures.

Lorsqu'on parle d'État failli, il est donc d'abord et avant tout question du pouvoir du gouvernement à l'intérieur de ses frontières : c'est la capacité de l'État à être souverain sur son territoire dont il est question.