← Faire la guerre, faire la paix

Page 4 sur 11

II) Comment un État devient-il défaillant ? (1)

Il y a trois facteurs principaux qui peuvent vider un État de ses fonctions régaliennes.

Le premier facteur est le facteur budgétaire.

Pendant la guerre froide, le bloc américain et le bloc soviétique finançaient des régimes clients. Mais dans la plupart des cas, c'était plus pour une question de contrôle : pendant cette guerre froide, Washington comme Moscou cherchaient à étendre l'influence de leur idéologie, le capitalisme d'une part et le communisme d'autre part. Cela passait en partie par ces financements. Aussi, le développement n'était pas vraiment ce qui était cherché, engendrant une relation de dépendance.

Cela fait qu'après la fin de la guerre froide, quand ces financements disparaissent, certains États n'ont pas l'appareil fiscal nécessaire pour fonctionner efficacement sans ces subventions. Sans ces rentes extérieures, certains États se retrouvent incapables de lever l'impôt qui sert à développer les services publics, à payer les fonctionnaires ou les soldats.

Le deuxième facteur est l'accès aux armes modernes. En effet, après 1991, les arsenaux soviétiques sont liquidés au marché noir mondial. Pour quelques centaines de dollars, on peut acquérir des Kalachnikov et autres armes modernes. Dès lors, des milices peuvent s'armer et devenir très dangereuses. Parfois, elles deviennent suffisamment dangereuses pour défier une armée régulière, et cela est d'autant plus possible quand l'armée est faible, peu nombreuse, mal équipée, mal payée.

Le troisième facteur est l'accaparement des rentes de l'État par une minorité. Des dirigeants peuvent s'accaparer des richesses, et armer leurs partisans plutôt que d'administrer leur territoire. Les dépenses publiques, censées jouer un rôle dans la capacité de l'État à assumer ses fonctions régaliennes, sont donc affaiblies. Les ressources nationales censées permettre de faire tourner l'appareil étatique, par exemple en payant l'armée, servent plutôt au profit exclusif du clan de certains dictateurs.

La combinaison de ces trois facteurs peut enclencher ce genre de spirales : l'État ne paie plus ses soldats, l'armée se délite et perd en qualité, ce qui fait que des régions entières échappent au pouvoir central, permettant à des milices privées de se constituer sous les ordres de chefs de guerre locaux.

Ce n'est pas un schéma type, dans la mesure où chaque pays a son contexte, mais l'idée est que la faiblesse de l'État, incarnée en partie par l'armée, fait qu'elle ne peut pas empêcher des acteurs irréguliers et non conventionnels de se battre pour prendre le contrôle de l'État.