II) Comment un État devient-il défaillant ? (2)
En parlant de ces acteurs, caractérisons-les : qui sont-ils ?
On trouve des factions claniques ou communautaires : ce sont des milices armées levées sur une base ethnique ou tribale. Elles mobilisent des solidarités traditionnelles pour s'assurer le contrôle d'une ville, d'un quartier ou d'une route commerciale. Il y a par exemple les clans Hawiye ou Darod en Somalie.
On trouve les Seigneurs de guerre (warlords) et les milices privées : ce sont des chefs militaires opportunistes qui louent leurs services. Ils peuvent contrôler des points stratégiques, protéger des trafics, ou encore piller des ressources.
On trouve également parmi les acteurs des gouvernements étrangers qui financent des rébellions, comme le Rwanda ou l'Ouganda en République démocratique du Congo.
On peut évoquer des groupes armés criminels ou djihadistes, qui profitent de l'absence de police et de justice pour s'implanter et lever des taxes ou recruter des combattants.
Ces groupes peuvent se développer, se multiplier, apporter leur propre justice, exploiter les ressources, ou encore exploiter la colère sociale.
Leurs objectifs sont généralement territoriaux : ils veulent contrôler les routes commerciales, s'emparer des richesses, et bien sûr, ils peuvent vouloir prendre le contrôle de l'État. Ce dernier objectif est le plus grand, et celui dont les conséquences sont les plus importantes : cela peut mener à des guerres civiles.
Une guerre civile, ou guerre intraétatique est une guerre interne à un État. La définition classique de la guerre consiste à les définir comme un affrontement entre deux États antagonistes : l'adversaire est extérieur au territoire, aux frontières. Mais ici, l'adversaire est intérieur.
Une guerre civile peut opposer l'État, avec l'armée nationale, à une faction armée.
Par exemple, la guerre civile espagnole, de 1936 à 1939, a opposé le gouvernement républicain et son armée nationale aux forces nationalistes dirigées par le général Franco. La guerre civile syrienne, de 2011 à 2024, voit s'opposer l'armée syrienne de Bachar al-Assad à des factions armées cherchant à renverser le régime.
Dans ces guerres civiles-ci, l'État n'est pas failli : il assume toujours des fonctions régaliennes. Il est un belligérant. Ainsi, ce ne sont pas ces guerres civiles que notre propos étudie.
Une guerre civile peut opposer des factions armées qui se battent pour obtenir le contrôle de l'État. Dans ces guerres-ci, ce n'est pas l'État qui fait la guerre contre des rebelles, mais ce sont des factions armées qui se battent entre elles pour s'emparer de l'État.
L'État n'est alors pas un belligérant : il est le butin que se disputent ces groupes.
Les explications conceptuelles sont posées, plongeons dès à présent dans les études de cas.