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Conclusion

La peau de chagrin peut donc effectivement se lire comme le tableau d’un monde exténué dans la mesure où Balzac y dépeint des scènes vidées d’énergie, un protagoniste au bord du suicide, et une génération entière désabusée qui incarne le mal du siècle. Mais, ce monde exténué est paradoxalement traversé d’une énergie débordante, celle du désir. Si cette alliance est à première vue contradictoire, elle est presque logique : c’est l’excès d’énergie qui contredit, incarnant la maxime du roman « vouloir brûle, et pouvoir détruit » si bien que ce roman semble moins être le tableau d’un monde exténué que le tableau d’un monde qui s’exténue lui-même à force de désirer.

Dès lors, La peau de chagrin n’est pas le tableau d’un monde exténué. C’est plutôt le tableau d’un monde plein d’énergie qui se consume lui-même, ce que la peau rétrécissante incarne avec une précision presque cruelle.

Se demander si La Peau de chagrin est le tableau d’un monde exténué, c’est peut-être aussi se demander si ce tableau n’est pas avant tout une mise en garde : car Balzac, bien qu’il présente comme « secrétaire de la société », ne fait pas que peindre mais il juge également dans une certaine mesure. En ce sens, on pourrait se demander si La Peau de chagrin ne se rapproche pas davantage d’une fable morale que d’un tableau.