La problématique
La problématique est la question qui dirige notre devoir. Elle doit permettre de répondre au sujet.
Trois images pour comprendre
Admettons qu’on vous donne une mission : vous devez améliorer la qualité pédagogique et la santé financière d’une école. Pour faire ce travail, vous devez apprendre à connaître l’école par cœur : cela passe par lire les documents clefs, prendre connaissances des données, discuter avec le personnel, visiter les recoins de l’établissement. Au fur et à mesure de votre travail d’exploration, vous vous rendez compte qu’il y a tel ou tel élément qui est quelque peu étonnant. Vous aviez des idées, des hypothèses « si je fais ça, je devrais avoir tel résultat » mais votre exploration vous a appris que la situation est plus complexe que prévu : vous avez découvert des problèmes, des points de tension voire même quelques impasses. Vous allez synthétiser vos découvertes dans un document expliquant les problèmes de l’école. Maintenant que vous avez ce document, il faut passer à l’action : vous allez faire un plan d’action pour résoudre tous ces problèmes.
La mission qui est d’améliorer la qualité pédagogique et la santé financière d’une école, c’est votre sujet. Pour réussir, vous allez apprendre à connaître par cœur l’école : c’est l’analyse du sujet. Lorsque vous avancez dans votre travail d’exploration, vous vous rendez compte qu’il y a des éléments étonnants, des problèmes et que la situation est plus complexe qu’à première vue : c’est la problématisation. Puis, vous synthétisez ces problèmes dans un document : c’est la problématique. Puis, vous répondez à tous ces problèmes avec un plan. Puis, vous passez à l’action : c’est le développement. A la fin de votre mission, vous faites un document qui récapitule votre œuvre, où vous en êtes arrivés et vous ouvrez éventuellement sur d’autres questions, d’autres difficultés : c’est la conclusion.
J’ai un autre exemple. Admettons qu’on vous donne un bâtiment à construire. Pour le construire correctement, vous devez d’abord analyser le terrain avec précision : cela passe par étudier la nature du sol, la topographie, les contraintes techniques, les normes en vigueur. Au fur et à mesure de votre analyse, vous vous rendez compte que le terrain est plus complexe qu’à première vue : il y a des contraintes spécifiques, des éléments que vous n’aviez pas anticipés, voire même des impasses. Vous allez synthétiser vos découvertes dans un plan de fondations. Maintenant que vous avez ce plan, il faut passer à l’action : vous allez construire, étage par étage, en vous appuyant sur ces fondations.
La mission qui est de construire le bâtiment, c’est votre sujet. Pour réussir, vous allez analyser le terrain avec précision : c’est l’analyse du sujet. Lorsque vous avancez dans votre analyse, vous vous rendez compte qu’il y a des éléments étonnants, des contraintes, voire même des impasses, ce qui fait que la situation est plus complexe qu’à première vue : c’est la problématisation. Puis, vous synthétisez ces contraintes dans un plan de fondations : c’est la problématique. Puis, vous répondez à toutes ces contraintes avec un plan de construction : c’est le plan. Puis, vous construisez : c’est le développement. À la fin, vous faites un bilan qui récapitule ce que vous avez construit, où vous en êtes arrivés, et vous ouvrez éventuellement sur d’autres questions : c’est la conclusion.
Voici un autre exemple. Admettons qu’on vous donne un patient à soigner. Pour le soigner, vous devez d’abord l’examiner avec précision : cela passe par l’écouter, observer ses symptômes, faire des analyses, prendre connaissance de son historique médical. Au fur et à mesure de votre examen, vous vous rendez compte que la situation est plus complexe qu’à première vue : il y a des problèmes qui s’entrecroisent, des éléments étonnants que vous n’aviez pas anticipés. Vous allez synthétiser vos découvertes dans un diagnostic. Maintenant que vous avez ce diagnostic, il faut passer à l’action : vous allez prescrire un traitement pour résoudre ces problèmes.
La mission qui est de soigner le patient, c’est votre sujet. Pour réussir, vous allez l’examiner avec précision : c’est l’analyse du sujet. Lorsque vous avancez dans votre examen, vous vous rendez compte qu’il y a des éléments étonnants, des problèmes et que la situation est plus complexe qu’à première vue : c’est la problématisation. Puis, vous synthétisez ces problèmes dans un diagnostic : c’est la problématique. Puis, vous répondez à tous ces problèmes avec un traitement : c’est le plan. Puis, vous administrez ce traitement : c’est le développement. À la fin, vous faites un bilan de santé qui récapitule l’état du patient, où vous en êtes arrivés, et vous ouvrez éventuellement sur d’autres questions : c’est la conclusion.
Si on reprend toutes ces images, on remarque qu’elles ont toutes la même structure. Dans chaque cas, il y a d’abord un travail d’analyse précis : on examine le patient, on étudie le terrain, on apprend à connaître l’école. De ce travail émerge un document synthétique : un diagnostic, un plan de fondations, un plan d’action. Et c’est à partir de ce document qu’on passe à l’action : on prescrit un traitement, on construit, on améliore l’école.
Avant d’aborder ce document synthétique, qui est le point qui nous intéresse ici, j’aimerais évoquer un élément. Reprenons les exemples. Si à chaque fois, on vous a assigné cette mission, c’est parce qu’on en avait besoin, c’est-à-dire que ce n’est pas n’importe qui qui pourrait s’en occuper, sinon, on aurait pas eu besoin de faire appel à une personne extérieure, à un spécialiste. Ce qui rend ces missions difficiles, ce sont justement ces tensions, ces points de difficultés, ces impasses : c’est pour ça qu’on vous les confie. Après tout, ne se résout qu’un problème !
Reprenons. Ce document synthétique donc. quel que soit son nom, a une propriété fondamentale : il est caduc dès qu’on change de contexte. Le diagnostic médical est fait pour ce patient, et pour aucun autre. Le plan de fondations est fait pour ce terrain, et pour aucun autre. Le plan d’action est fait pour cette école, et pour aucune autre. Si on les transpose ailleurs, ils ne fonctionnent plus. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été conçus spécifiquement pour une situation précise, à partir d’une analyse précise de cette situation.
La problématique, c’est exactement la même chose. Elle est faite pour ce sujet, et pour aucun autre. Si on la transpose sur un sujet voisin, elle doit devenir inadéquate. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’elle n’est pas suffisamment précise.
Pour que le diagnostic soit précis, il faut que l’examen du patient ait été précis. Pour que le plan de fondations soit précis, il faut que l’analyse du terrain ait été précise. De même, pour que la problématique soit précise, il faut que l’analyse du sujet ait été précise. Si on rate cette étape, tout ce qui vient après est compromis : la problématisation, la problématique, le plan, le développement, jusqu’à la conclusion. C’est pour ça que j’insiste autant sur ces images : parce que la qualité de chaque étape dépend de la qualité de ce qui la précède.
« Dès lors, on en vient à se demander : la vérité s’impose-t-elle à l’esprit par des arguments rationnels, ou bien est-elle admise autrement que par la raison ? »
Si elle s’impose à l’esprit par la raison, alors elle est possiblement toujours convaincante. Si ce n’est pas le cas, alors elle n’est probablement pas convaincante. Cette question synthétise donc les enjeux soulevés pendant la problématisation.