Le développement
Comme on l’a vu dans la partie sur la démonstration, on commence par énoncer une idée, qu’on soutient avec un argument, qu’on prouve avec un exemple avec de conclure. Puis, on passe à l’argument suivant. La sous partie suivante n’a pas besoin d’une thèse vu que la thèse énoncée au début de la partie vaut pour toute la partie ! C’est un deuxième argument qui soutient cette même idée qui ouvre la sous-partie. Puis on prouve avec un ou plusieurs exemples puis on conclut. Telle est la structure. Voyons le fond.
Dans l’introduction, après avoir défini les termes, on a soulevé des tensions et des conséquences. L’introduction sert vraiment à introduire : il est donc important d’utiliser dans le développement les éléments introduits.
Prenons un exemple.
« Ce n’est pas seulement la force convaincante de la vérité qui est remise en cause, c’est aussi la vérité en elle-même : elle est censée être transcendante, évidente, s’imposer aux esprits et ne laisser aucun doute. Aussi, la vérité n’aurait pas une force convaincante en soi, non pas seulement parce qu’elle n’est pas capable de convaincre n’importe qui en fait, mais parce qu’elle peut s’imposer ou être refusée autrement que par la raison. »
Voyons voir si ce passage de l’introduction a été exploité dans le développement.
« La vérité, en son sens le plus haut et le plus fort, se veut absolue, évidente et non sujette au doute : elle n’a donc pas une force convaincante. En effet, convaincre suppose de prouver, de démontrer, de soumettre à la raison. Étant donné que toute preuve passe par les sens, elle ne peut atteindre que ce qui est matériel et perceptible. Or la vérité absolue, par définition, dépasse ce registre. Dès lors, ce qu’on prouve par les sens ne peut pas être la vérité au sens le plus haut. »
Cette hypothèse qu’on a posé en introduction, on la traite donc plus en détail. L’enjeu du développement est vraiment de déployer le travail fait en introduction. C’est là qu’on utilise ses connaissances, mais cela doit toujours être au fait au service de la démonstration. Aussi, on ne commence pas ses parties par une référence philosophiques : d’abord on pose son idée directrice puis l’argument qui la soutient, et seulement ensuite, on introduit la référence philosophique. L’auteur philosophique n’est pas la base de notre raisonnement : il le soutient, l’appuie, le renforce, l’approfondit, mais il ne le fonde pas.
« Si la vérité supérieure ne nous était pas accessible, il n’y aurait comme vérités accessibles à l’homme que les vérités sensibles et nécessaires : la vérité serait donc toujours convaincante en droit, car soit prouvée soit nécessaire. En effet, si la vérité supérieure semble ne pas être accessible à l’homme, c’est parce qu’elle suppose une intuition supérieure, qui agit hors du monde sensible, qu’on peut saisir par les sens. Telle est l’idée soutenue par Kant dans la première édition de la Préface de la Critique de la raison pure. Pour lui, Platon est à l’image d’une colombe légère qui pourrait penser qu’elle volerait mieux dans le vide, car le vent lui fait résistance. »
« Si ce mécanisme peut être individuel, la vérité peut aussi être admise ou refusée collectivement, par un mécanisme qui échappe encore davantage à la raison. C’est ce que montre Gustave Le Bon dans Psychologie des foules. Pour Le Bon, lorsqu’un individu s’intègre dans une foule, il perd progressivement sa capacité de raisonnement individuel. »