← Dissertation de philosophie

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Première grande partie

ThèseLa vérité, en son sens le plus haut et le plus fort, se veut absolue, évidente et non sujette au doute : elle n’a donc pas une force convaincante.

Explication

C’est l’idée qu’on va défendre tout au long de cette grande partie.

Argument AEn effet, convaincre suppose de prouver, de démontrer, de soumettre à la raison. Étant donné que toute preuve passe par les sens, elle ne peut atteindre que ce qui est matériel et perceptible. Or la vérité absolue, par définition, dépasse ce registre. Dès lors, ce qu’on prouve par les sens ne peut pas être la vérité au sens le plus haut.

Explication

C’est une raison pour laquelle notre idée est vraie.

ExempleTelle est la position que soutient Platon dans La République, grâce au schéma de la ligne. Il distingue plusieurs degrés de réalité. Tout en bas se trouvent les images, les ombres, les reflets : ce sont les opinions, changeantes et non fiables. Au-dessus viennent les choses matérielles, de l’ordre de la croyance : plus claires, mais toujours changeantes et instables. Au-dessus encore s’étend le monde intelligible, lui-même composé de deux niveaux. Le premier est celui des objets mathématiques, accessibles par la raison discursive : stables et démontrables, mais reposant sur des hypothèses que la raison ne peut pas fonder elle-même. Le second, le plus haut, est celui des Idées : éternelles, immuables, causes de tout ce qui existe dans le monde sensible. C’est à ce second niveau que se trouve la vérité au sens le plus fort. Or, convaincre suppose de passer par des arguments que l’on peut examiner et réfuter. Les Idées dépassent ce registre : elles ne se démontrent pas, elles se contemplent.

Conclusion localeIl semblerait donc effectivement que la vérité, en son sens le plus haut, ne peut pas être convaincante en droit au sens de saisissable par la raison.

Argument BSi la vérité ne peut pas convaincre par la raison, c’est qu’elle s’impose autrement : elle est saisie par une faculté supérieure, l’intuition intellectuelle. Cette faculté dépasse ce que peut saisir la raison, ce qui peut être prouvé. Elle n’agit donc pas sur la raison : elle la contourne et s’adresse à quelque chose de plus haut.

ExemplePour illustrer cette intuition intellectuelle et la vérité accessible grâce à elle, Platon écrit le mythe de la Caverne dans La République. Un homme emprisonné dans une caverne sombre ne voit que des ombres changeantes. Il parvient à s’enfuir et à sortir : il se trouve d’abord ébloui par ce qu’il trouve à la surface. Ce n’est qu’après s’être habitué qu’il peut contempler ce qui n’est pas sujet au mouvement, à l’instabilité, au changement : la vérité. Ce n’est que grâce à cette intuition intellectuelle qu’il a pu contempler ce qui est vraiment, à savoir l’essence des choses. Quand il tente de retourner dans la grotte afin d’en parler, il est incompris : il a vu la vérité, et pourtant il ne convainc pas, car ses compagnons ne l’ont pas contemplée eux-mêmes grâce à cette même faculté.

Conclusion localeAussi, la vérité absolue ne peut pas convaincre en droit, non pas parce qu’elle n’est pas suffisamment solide, mais parce qu’elle est trop haute pour être accessible par la raison. En droit, elle ne peut être convaincante : elle est plus haute que cela.