Deuxième partie
ThèseSi la vérité supérieure ne nous était pas accessible, il n’y aurait comme vérités accessibles à l’homme que les vérités sensibles et nécessaires : la vérité serait donc toujours convaincante en droit, car soit prouvée soit nécessaire.
Argument AEn effet, si la vérité supérieure semble ne pas être accessible à l’homme, c’est parce qu’elle suppose une intuition supérieure, qui agit hors du monde sensible, qu’on peut saisir par les sens.
ExempleTelle est l’idée soutenue par Kant dans la première édition de la Préface de la Critique de la raison pure. Pour lui, Platon est à l’image d’une colombe légère qui pourrait penser qu’elle volerait mieux dans le vide, car le vent lui fait résistance. Or, ce serait ce vent qui permet à la colombe de s’envoler. De même, Platon pense qu’il penserait mieux dans le vide du monde qui n’est pas sensible, alors que c’est justement ce monde sensible qui permettrait de penser. Ce ne serait qu’en prenant appui sur le monde sensible qu’on pourrait connaître des vérités.
Conclusion localeDès lors, la vérité pourrait être convaincante en droit si et seulement si ces vérités sensibles ont une force convaincante en droit en soi, c’est-à-dire si elles sont démontrables et prouvables de manière à ce qu’aucun esprit rationnel ne puisse les réfuter.
Argument BÉtant donné que ces vérités sensibles se fondent sur le monde sensible, il semble qu’elles soient forcément convaincantes en droit car elles ne sont connues qu’après avoir été testées.
ExempleTelle est l’idée de Kant dans la seconde préface de la Critique de la raison pure. Il affirme que la raison doit forcer la nature à répondre à ses questions. C’est du protocole expérimental qu’il parle : la raison compose des hypothèses qu’elle teste dans le monde sensible. C’est ainsi que procèdent les scientifiques : en observant que les plantes poussent après qu’il ait plu, il émet l’hypothèse que pour pousser, une plante doit être arrosée. Il prend deux plantes différentes, qu’il isole. Il arrose régulièrement l’une et n’arrose pas l’autre. La seule chose qui change entre les deux plantes est l’arrosage. S’il remarque qu’effectivement, seule la plante arrosée pousse, son hypothèse est confirmée. Dès lors, il a trouvé une vérité convaincante en droit : qui pourrait nier que telle plante ne peut pousser sans eau vu qu’il vient de le prouver ?
Conclusion localeAussi, toute vérité serait convaincante en droit si on admet qu’il n’y a de vérités que ce qui a été prouvé par l’expérience comme étant vrai.
Argument CMais certaines vérités, sans pour autant être sensibles ou être réservées à l’intuition supérieure, semblent nécessaires, c’est-à-dire impossibles à nier sans se contredire soi-même, et donc, en un certain sens, convaincantes en droit.
ExempleTelle est l’idée que développe Kant dans la Métaphysique des mœurs. Selon lui, il existe une loi morale que la volonté se donne à elle-même : c’est l’impératif catégorique. Contrairement à l’impératif hypothétique, qui dit je ne dois pas mentir si je veux être honoré, l’impératif catégorique dit je ne dois pas mentir, même si le mensonge ne me ferait courir aucun risque. Cette loi ne dépend d’aucune condition, d’aucun objet extérieur, d’aucune expérience sensible. Elle est posée par la raison elle-même, comme une nécessité absolue. En ce sens, il semblerait que ces vérités morales soient convaincantes en droit d’une façon particulière : non pas parce qu’elles ont été prouvées par l’expérience, mais parce que la raison ne peut pas les nier sans se contredire elle-même. Celui qui accepte que la moralité est réelle doit accepter l’impératif catégorique. Ce n’est pas une conviction empirique, c’est une nécessité rationnelle. Cette vérité n’est pas prouvée : Kant précise qu’il n’a pas de preuve de cela.
Conclusion localeAussi, ces vérités morales ne sont pas convaincantes en droit au sens fort comme pourraient l’être les vérités empiriques qui sont démontrables. Elles ne s’imposent pas à tout esprit rationnel comme pourrait s’imposer la loi de la gravité, mais elles deviennent impossibles à contredire pour quiconque accepte la moralité.