← Dissertation de philosophie

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Troisième partie

ThèseSi une vérité est convaincante en droit et ne convainc pourtant pas en fait, ce serait parce qu’il existerait des obstacles qui ne relèveraient pas de la raison : quelque chose interviendrait entre la vérité et son adoption qui échapperait à la conviction rationnelle.

Argument AParmi ces mécanismes, il y aurait d’abord celui des passions. C’est ce que soutient Hume dans le Traité de la nature humaine.

ExemplePour Hume, la raison seule est incapable de produire une croyance ou une adhésion : elle peut enchaîner des arguments, elle ne peut pas déclencher une conviction. Ce qui convainc réellement, ce sont les passions. La raison, affirme Hume, est et ne doit être que l’esclave des passions : elle leur fournit des moyens, elle ne les dirige pas. Dès lors, quand un individu adhère à une vérité, ce n’est pas parce que les arguments l’ont emporté, c’est parce que cette vérité résonne avec ce qu’il ressent, avec ce qu’il désire, avec ce qu’il craint. La conviction n’est pas le produit de la raison : elle est le produit des passions que la raison accompagne.

Conclusion localeAinsi, la vérité n’est pas toujours admise par la raison seule : c’est ici autre chose qui décide en dernier ressort.

Argument BSi ce mécanisme peut être individuel, la vérité peut aussi être admise ou refusée collectivement, par un mécanisme qui échappe encore davantage à la raison.

ExempleC’est ce que montre Gustave Le Bon dans Psychologie des foules. Pour Le Bon, lorsqu’un individu s’intègre dans une foule, il perd progressivement sa capacité de raisonnement individuel. Ce qui gouverne alors ses croyances et ses adhésions, ce n’est plus la raison, c’est la contagion émotionnelle : les croyances se propagent par imitation, par suggestion, par appartenance au groupe. Dès lors, un individu peut refuser une vérité solidement établie non parce qu’il l’a examinée rationnellement et jugée insuffisante, mais parce que son groupe la refuse. C’est précisément ce qu’illustre le climato-scepticisme : la théorie du réchauffement climatique est scientifiquement établie, prouvée, convaincante en droit. Et pourtant, elle est massivement refusée par certaines communautés, non par défaut de raisonnement, mais par appartenance identitaire, par contagion collective.

Conclusion localeAussi, la vérité est ici admise ou refusée autrement que par la raison : c’est le groupe, et non l’argument, qui décide.