Si la dissertation est une démonstration, cela veut dire que lorsque tu fais une dissertation, tu es là pour prouver, et c’est ton objectif principal. C’est pour cela qu’on commence par ce point.
Après avoir lu une copie, je me suis rendu compte que l’élève avait de bonnes connaissances, mais qu’il ne faisait pas vraiment une dissertation : son travail ressemble à un exposé, où l’objectif est d’apporter des connaissances sur un sujet donné.
De là je lui ai donné un exercice dont l’objectif était de lui faire adopter une posture argumentative.
L’exercice donné à l’élève
« Écris trois phrases qui expriment simplement une idée que tu penses sincèrement. Formule-les ainsi : « Je pense sincèrement que … ». Reprends chacune de ces phrases et argumente : donne trois raisons qui vont en faveur de chaque avis. Puis, pour chaque raison, illustre avec deux exemples. Ton objectif est de me convaincre. »
C’est super important car c’est à mon sens le premier geste de la dissertation : si lors de nos grandes parties, on ne prouve pas d’idée, il y a des chances qu’on ne réponde pas à la problématique et qu’on reste dans le thème sans pour autant répondre au sujet.
Cet exercice est intéressant car il demande à l’élève de faire un geste qu’il connaît déjà : prouver qu’il a raison, que son avis est le bon. Lorsqu’on fait un débat, on est dans cette posture démonstrative : ce n’est pas une nouveauté de la dissertation, mais c’est une posture qu’on connaît déjà, à transposer à la dissertation.
Prouver en dissertation suppose une certaine structure.
- 1
La thèse
Le premier élément est la thèse : c’est l’idée directrice de la grande partie. Pendant l’entièreté de la grande partie, on prouve cette idée :
chaque argument, chaque exemple, pour ne pas dire chaque phrase vise à prouver cette idée.
Étant donné son rôle, elle ne se met généralement qu’au tout début de la grande partie.
- 2
L’argument
Pour prouver cette idée, on donne des raisons de croire que cette idée est vraie.
Admettons, je dis que HGGSP est la meilleure spécialité de Terminale à une personne qui n’est pas d’accord.
Elle me contredit, et me demande pourquoi je pense cela.
Je lui réponds
« parce que … »,
« parce que… »,
« parce que… ».
Autrement dit, je lui donne des arguments, c’est-à-dire des raisons de croire que mon idée, ma thèse est vraie.
En dissertation, on n’écrit pas « parce que », mais vous voyez l’idée. Le mieux est de séparer les deux éléments. On peut par exemple les relier par « en effet ».
Après avoir mis la thèse, on met l’argument ; les sous-parties suivantes peuvent directement débuter par l’argument, étant donné que la thèse a déjà été posée.
- 3
L’exemple
Après avoir posé l’argument, il faut prouver qu’il est vrai. C’est à cela que servent les exemples : prouver que l’argument est vrai.
Une idée qui n’est pas prouvée est une idée infondée, qui n’a pas de fondements : on n’a aucune raison de croire que cette idée est vraie.
C’est pour cela que l’exemple est très important.
En HGGSP, les exemples sont en général
des dates,
des événements,
des acteurs
et ce qui est semblable.
Prends garde à une tentation de l’exercice : utiliser ses connaissances sans qu’elles soient subordonnées à une idée.
Un exemple sert à prouver une idée : sans idée, il ne peut pas y avoir d’exemple.
L’idée implique l’exemple, ce qui fait que l’exemple s’adapte à l’idée.
Lorsqu’on utilise un événement en particulier pour prouver un argument, on dit de cet événement ce qui permet de prouver cette idée.
On donne des détails, on est précis, mais on veille à ce que l’exemple prouve strictement l’idée, sans s’en écarter.
C’est pour ça que je pense presque qu’il faut que chaque phrase serve à prouver l’idée et à répondre au sujet : c’est pour limiter clairement l’étendue des connaissances que l’on déploie.
Mais nous commençons à déborder sur la deuxième exigence, la précision. Continuons la structure de la démonstration !
- 4
La conclusion locale
Après avoir développé son exemple, il faut expliciter ce qu’il a permis de prouver. Si on a utilisé cet exemple pour prouver cet argument, c’est pour des raisons précises, il faut le préciser. C’est la conclusion locale : une phrase ou plusieurs qui ferment le paragraphe en disant explicitement ce que la preuve vient de démontrer pour la thèse et pour le sujet. C’est un moment important qui vient fermer notre sous-partie, où on répond explicitement à la problématique.
Prenons un exemple. Cela peut arriver qu’on discute avec une personne et qu’elle nous raconte une histoire. L’histoire est racontée, encore et encore, jusqu’à ce que la personne ait fini.
Mais nous de notre côté on reste sur notre faim : il manque quelque chose ! On peut se dire à ce moment :
« et alors ? »,
« où veux-tu en venir ? ».
La conclusion locale vient couvrir cet espace : cet exemple m’a permis de prouver mon argument qui lui-même prouve ma thèse, ce qui fait que ma progression progresse.
Illustrons.
Thèse
La conquête spatiale est un levier décisif d’affirmation du soft-power pendant la Guerre froide.
Argument
Maîtriser l’espace revient à démontrer une supériorité technologique qui rayonne bien au-delà du domaine militaire, changeant l’image d’un État aux yeux du monde entier.
Preuve
Le 4 octobre 1957, l’URSS met en orbite Spoutnik 1, premier satellite artificiel de l’histoire. Le lendemain, le New York Times compare l’événement à un Pearl Harbor technologique. En quelques heures, l’image de l’Union soviétique se transforme aux yeux du monde entier : une puissance capable d’un tel exploit peut prétendre rivaliser avec le géant américain.
Conclusion locale
En ce sens, Spoutnik 1 illustre parfaitement en quoi la conquête spatiale est un outil d’affirmation de la puissance : non pas parce qu’elle menace directement un adversaire, mais parce qu’elle change ce qu’on pense d’un État à l’échelle planétaire.
En écrivant cette phrase, on répond explicitement au sujet et on avance dans la démonstration. On met en perspective nos exemples avec nos propos.
Lorsqu’on prouve l’argument, on est souvent amené à faire un récit, où on va narrer tel ou tel événement. Ce récit doit être modelé selon l’argument qui est développé. Mais ce récit ne suffit pas en lui-même : il faut en tirer des conséquences, qui elles-mêmes ont des conséquences sur notre réponse à la question.
Une fois que ce travail est fait, on peut enchaîner avec le prochain argument, qui est lui-même prouvé par un exemple, qui est lui-même fermé par une conclusion locale. Une fois que la grande partie est finie, il faut passer à la partie suivante et pour cela, il faut soigneusement tisser le lien entre les parties : c’est le rôle des transitions.