Définition
Un connecteur logique
Un connecteur logique est un mot qui relie des phrases et des idées selon la relation qu’elles entretiennent. Les connecteurs logiques sont donc particulièrement éloquents et révélateurs : c’est comme s’ils disaient ce que la pensée faisait, qu’ils qualifiaient le chemin emprunté par le raisonnement.
Admettons qu’on dise « Il est tard donc je veux rentrer chez moi », « Il est tard et je veux rentrer chez moi », « Il est tard mais je veux rentrer chez moi ». Le seul mot qui a changé est le connecteur logique et pourtant c’est tout le sens qui change.
Quand je dis « donc », je pose le groupe de mots qui suit « je veux rentrer chez moi » comme étant une conséquence du groupe de mots qui précède. C’est parce qu’il est tard que je veux rentrer chez moi. Mais si j’utilise le connecteur « mais », cela suppose qu’il y a une sorte d’incohérence ou de contradiction entre les deux groupes de mots, comme si le fait qu’il fasse tard me dissuadait de rentrer chez moi. C’est peu naturel, mais peu importe, l’objectif est d’illustrer notre idée : le connecteur logique incarne la relation entre les idées et cela peut changer le sens.
En dissertation, les connecteurs logiques peuvent être un allié qui indique que ta démonstration est solide, ou un traître qui indique que ta démonstration est faible. La dissertation étant une démonstration, l’objectif est de répondre à une question, de prouver des idées. Pour ce faire, on progresse souvent de deux façons principales.
ALa conséquence
La première façon d’avancer dans un raisonnement est d’avancer par conséquence, c’est-à-dire que la deuxième phrase est la conséquence de l’idée précédente.
« Je suis fatigué. Donc je veux rentrer ».
C’est la façon principale en dissertation, principalement à l’intérieur d’une même grande partie : on doit régulièrement expliciter les conséquences de nos idées et de nos exemples. Ce que je viens de dire me permet d’affirmer quelque chose de nouveau, quelque chose qui n’aurait pas pu être dit sans ce qui précède. Parmi les connecteurs de conséquence, il y a : « dès lors », « ainsi », « donc », « c’est pourquoi », « par conséquent », « en ce sens », « aussi » (lorsqu’il est utilisé en début de phrase, auquel cas il est un synonyme de ainsi, mais au milieu de la phrase c’est un synonyme de également).
BLa nuance
La deuxième façon d’avancer est par la nuance, c’est-à-dire que l’idée suivante nuance l’idée précédente. Ce qu’on vient de dire est vrai, mais quelque chose résiste, et nous empêche de nous contenter de cette première idée. C’est absolument fondamental dans les sujets qui demandent une réponse dialectique : oui, ce que j’ai dit est vrai, mais il y a tel et tel élément qui font que ce que je dis n’est pas encore satisfaisant. Les connecteurs qui expriment la nuance (ou l’opposition) sont par exemple : « or », « mais », « pour autant », « cependant », « néanmoins ». Prends cependant garde au fait que les connecteurs d’opposition ne se valent pas tous : certains nuancent plus que d’autres, certains opposent plus que d’autres.
D’autres relations logiques peuvent être intéressantes en dissertation.
Les autres relations logiques
CLa cause et la justification
J’explique pourquoi ce qui précède est vrai. C’est le mouvement de la cause et de la justification. Je n’avance pas encore, j’ancre ce que j’ai dit dans une raison. Les connecteurs sont par exemple : « car », « parce que », « en effet », « puisque ».
« Il est arrivé en retard parce que le métro avait du retard ».
Ce mouvement est utile mais limité : il explique sans faire avancer. En dissertation, il gagne à être suivi d’un mouvement de conséquence pour que la pensée progresse réellement :
« Il est arrivé en retard parce que le métro avait du retard. Aussi, le professeur ne lui en a pas tenu rigueur. »
« Il est arrivé en retard parce que le métro avait du retard. De ce fait, le professeur ne lui en a pas tenu rigueur. »
DLe but
J’indique la finalité de ce qui précède. Je montre qu’un geste ou un choix est orienté vers un objectif précis. Les connecteurs sont par exemple : « afin que », « pour que », « en vue de ».
ELa condition ou l’hypothèse
J’introduis une condition ou une hypothèse. Ce mouvement dit que ce qui précède n’est vrai qu’à condition que quelque chose soit rempli, ou pose une hypothèse dont on tire les conséquences. Si… alors… Les connecteurs sont : « à condition que », « pourvu que », « si », « dans l’hypothèse où ».
« Il est ponctuel. S’il est en retard, c’est qu’il y a eu un imprévu. »
« Je veux bien que tu nous accompagnes à condition que tu ranges ta chambre. »
« Je veux bien que tu nous accompagnes si tu ranges ta chambre ».
FLes connecteurs à manier scrupuleusement, voire à ne pas utiliser
Les catégories de relation logique que je viens de vous présenter sont intéressantes en dissertation car elles illustrent toutes des relations intéressantes dans cet exercice. En effet, dans une démonstration, on va tirer des conséquences des idées, les nuancer, poser des hypothèses, expliquer des éléments.
Certains connecteurs peuvent être pertinents dans une copie à un certain endroit et ne pas l’être à d’autres endroits. C’est donc difficile de tirer des règles générales, notamment concernant les connecteurs logiques à l’intérieur d’une copie, car il y a certains endroits où la relation logique que je m’apprête à vous présenter peut être utile. Mais entre les parties, dans la transition par exemple, c’est un connecteur que je n’apprécie pas si c’est la relation logique principale. Sans plus tarder, je vous le dévoile : je parle des connecteurs d’addition, que tu chéris peut-être, dont
l’addition
« de plus »
est le leader.
« De plus » exprime l’addition : j’ai dit X et maintenant je dis Y. Mais quel est le lien entre X et Y ? Le lien est l’addition. Qu’est-ce que cela implique ?
intéressant
Si je fais une liste, ou si je veux illustrer une accumulation, c’est intéressant que d’utiliser un connecteur d’addition.
à la rigueur
Si je fais un plan thématique, à la rigueur peut-être, et encore même là je pense qu’il faut être prudent.
tout à fait correct
Si je raconte un récit ou des événements et qu’il y a des répétitions, ou des éléments qui vont dans le même sens qui me permettent d’accumuler pour appuyer mon propos, cela peut être tout à fait correct.
un très mauvais signal
Mais si je suis dans une dissertation où le raisonnement se veut dialectique, avec des nuances et des conséquences, alors « de plus » peut renvoyer un très mauvais signal : il peut signifier que tu ne sais pas comment lier tes idées, car elles ne sont pas liées entre elles autrement que par le fait qu’elles sont dans le même thème, alors tu ajoutes la deuxième idée à la première.
Cela peut ne pas être dramatique, mais j’avoue être assez pointilleux à ce niveau-là !
En bref : sois attentif aux connecteurs logiques que tu utilises, et n’utilise « de plus » que si la relation d’addition est vraiment importante ici, et ne l’utilise pas comme connecteur logique par défaut, car cela peut être le signe qu’il y a un manquement ou une lacune dans ta démonstration.
- La conséquence
- « dès lors », « ainsi », « donc », « c’est pourquoi », « par conséquent », « en ce sens », « aussi »
- La nuance
- « or », « mais », « pour autant », « cependant », « néanmoins »
- La cause et la justification
- « car », « parce que », « en effet », « puisque »
- Le but
- « afin que », « pour que », « en vue de »
- La condition ou l’hypothèse
- « à condition que », « pourvu que », « si », « dans l’hypothèse où »
- L’addition
- « de plus »À manier scrupuleusement, voire à ne pas utiliser.
Voilà, on en a fini avec la structure de la démonstration. Passons à présent à la deuxième exigence : la dissertation est précise !