La critique

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La critique dans ton devoir

9La critique dans ton devoir

Rappelle-toi les attendus de l’épreuve : le candidat doit montrer qu’il sait prendre un recul critique « en réponse à sa problématique ». La critique n’est donc pas un exercice à part, qu’on ajouterait une fois la démonstration terminée : elle sert ta réponse.

Je pense que la critique a le plus de force au moment où tu utilises le document comme preuve. Tu cites un passage, tu l’expliques, et c’est là que tu précises ce qu’il permet d’établir, et ce qu’il ne permet pas d’établir à lui seul. La critique devient alors un moment de ta démonstration.

Reprenons le sujet sur l’ONU, dont la consigne te demande de montrer « les difficultés de l’ONU à empêcher la guerre et à instaurer la paix ». Une critique repoussée à la fin pourrait ressembler à ceci :

Critique repoussée à la fin

« Ce document a des limites : c’est un communiqué de l’ONU, il n’est donc pas neutre. »

Cette phrase ne dit ni en quoi le document est orienté, ni ce que cela change pour le sujet. Comparons avec une critique intégrée au raisonnement :

Critique intégrée au raisonnement

  1. le document« Selon le communiqué, le Conseil de sécurité a “retrouvé son unité” pour élaborer le mandat de la mission d’assistance des Nations unies en Irak.
  2. une connaissanceMais cette unité arrive après coup : en 2003, les États-Unis et leurs alliés ont déclenché la guerre sans que le Conseil de sécurité l’ait autorisée, alors que plusieurs de ses membres, dont la France, s’y opposaient. Le Conseil s’est donc retrouvé uni pour gérer l’après-guerre, une fois la guerre faite.
  3. la critiqueOr, ce texte est un communiqué de l’ONU elle-même : en insistant sur l’unité retrouvée et sur les progrès obtenus ailleurs, il relativise une difficulté qu’il reconnaît pourtant, puisqu’il parle d’un “défi fondamental”.
  4. une conséquenceLe document permet donc d’établir que l’organisation n’a pas pu empêcher la guerre, mais aussi la manière dont elle cherche à préserver sa légitimité. »

Dans le second exemple, la critique n’arrive pas après la démonstration : elle la fait avancer. Elle s’appuie sur le document, sur une connaissance, et elle tire une conséquence pour le sujet.

Note bien que cette critique a du sens parce que la consigne porte sur les difficultés de l’ONU : face à une autre consigne, le même document n’appellerait pas forcément la même critique.

Pas de place fixe

Pour autant, il n’y a pas de place obligatoire, et je ne veux surtout pas te donner une recette.

  1. Selon le sujet, la critique peut apparaître dès l’introduction, quand tu présentes le document et que tu expliques ce que sa nature ou son auteur supposent.
  2. Elle peut revenir dans plusieurs paragraphes, chaque fois que tu t’appuies sur un passage.
  3. Elle peut même, parfois, porter une partie entière, quand la manière dont un événement a été raconté, orienté ou débattu est au cœur de la consigne : c’est le cas, par exemple, du sujet de 2026 sur les causes de la Première Guerre mondiale, qui demande de montrer qu’elles sont « au cœur de débats historiques et politiques ».
  4. Et pour certains documents, elle tiendra en une seule phrase.

Ce qui compte, ce n’est pas l’endroit : c’est que chaque remarque critique serve ta réponse à la consigne. Comme souvent dans ce guide, certains principes valent pour tous les sujets ; la place et le poids de la critique, eux, dépendent de chaque sujet et de chaque document.

Jusqu’où ?

Tu te souviens du « et alors ? », la question que le correcteur se pose quand tu n’expliques pas assez. Je pense qu’on peut lui associer une autre question, propre à la critique :

« jusqu’où ? ».

Quand tu utilises un document comme preuve, demande-toi jusqu’où il te permet d’aller. S’il te permet d’aller jusqu’au bout de ce que tu affirmes, tant mieux. S’il ne te permet d’aller qu’à mi-chemin, dis-le, et va chercher le reste dans tes connaissances ou dans l’autre document.

Reprends le texte de Johnson. Il te permet d’aller jusqu’à affirmer qu’en 1965, la pollution devient un enjeu dont le président des États-Unis se saisit publiquement. Il ne te permet pas, à lui seul, d’aller jusqu’à affirmer que la politique annoncée a réussi : pour cela, il te faut le graphique, ou tes connaissances. Et quand tu ne peux pas aller jusqu’au bout, tes mots doivent le montrer, comme on l’a vu pour les intentions : un document « montre », « suggère » ou « laisse penser », selon ce qu’il permet réellement d’établir.

Et maintenant ?

Tu sais désormais ce qu’est une explication, comment préparer ton brouillon, comment rédiger une étude de documents qui prouve des idées, et comment critiquer les documents. Mais comprendre ne suffit pas : ce qui fait progresser, c’est de faire, puis de te faire corriger.

Pour apprendre ton cours, les Études de l’application sont faites pour ça : le fond de chaque thèse, expliqué, puis vérifié avec le Mode assimilation.

Pour faire et te faire corriger, ce sont mes ateliers : tu t’entraînes sur de vrais sujets, tu rends ta copie, et tu reçois un retour individuel. La forge se prépare : la prochaine session d’entraînement s’annonce bientôt, sur la page Ateliers.

À ton stylo.

Une prochaine session d'entraînement sur ce chapitre est possible :