La critique

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La boîte à questions

8Une boîte à questions

Chaque nature de document appelle des questions qui sont souvent utiles. Je t’en rassemble ici quelques-unes.

Mais avant, une mise en garde importante : c’est un outil, pas une liste exhaustive, ni un questionnaire à suivre dans l’ordre.

Ce sont des pistes, et il en existe bien d’autres. La nature d’un document ne te dit jamais à l’avance s’il est fiable, orienté ou pertinent. Elle t’indique seulement où regarder.

N’applique donc pas toutes les questions. Choisis celles qui t’aident vraiment à comprendre ce document et à répondre à la consigne : pour certains documents, une seule suffira. Et si ton document ne figure pas ici, ou mêle plusieurs natures, garde l’esprit de la démarche : qui parle, comment l’information a été produite, et ce qu’elle permet d’établir.

Discours, déclaration, communiqué officiel

Quelques pistes :
qui parle, à qui, dans quelle situation ? Quels mots, quels arguments sont choisis ? Que cherche à obtenir cette prise de parole ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
la position publique d’un acteur, la manière dont il présente une situation, la façon dont il justifie une décision.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
que tout ce qui est affirmé est faux parce que c’est un discours, ou que les raisons affichées sont les seules raisons réelles.

Loi, traité, résolution

Quelques pistes :
que prescrit le texte ? À qui s’applique-t-il ? Dans quel contexte est-il adopté, et par qui ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
une règle, un engagement, un objectif formulé juridiquement.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
que la règle a été appliquée ou respectée.

Texte d’historien ou de chercheur

Quelques pistes :
quelle thèse est défendue ? Sur quelles sources ou quelles données repose-t-elle ? Quand le texte est-il écrit, et dans quel débat s’inscrit-il ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
une analyse construite, une interprétation, l’état d’un débat entre historiens.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
qu’un chercheur est forcément neutre et indiscutable, ou au contraire qu’un chercheur qui défend une thèse ne vaut rien.

Article de presse, rapport ou site d’une institution, d’une ONG

Quelques pistes :
qui produit le texte, et dans quel but ? À partir de quelles sources, de quels chiffres ? S’agit-il d’une information, d’une enquête, d’un éditorial, d’un rapport officiel ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
des faits, des données, le diagnostic que fait un acteur d’une situation.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
qu’un texte chiffré est neutre par nature, ou que tous ces textes se valent.

Témoignage, mémoires, entretien

Quelques pistes :
que pouvait savoir cette personne ? Quelle position occupait-elle ? Quand raconte-t-elle, et à quelle distance des faits ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
une expérience vécue, une perception, un souvenir, la manière dont on se souvient d’un événement.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
que cette expérience vaut pour tout un groupe, ou qu’un témoignage est forcément peu fiable.

Lettre, correspondance, journal personnel

Quelques pistes :
à qui le texte était-il destiné ? Était-il vraiment privé, ou fait pour être lu ? Dans quelles circonstances a-t-il été écrit ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
ce que savait ou pensait son auteur à un moment donné, des décisions, des relations entre acteurs.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
qu’un texte privé est forcément sincère, donc forcément vrai.

Affiche, caricature, dessin de presse

Quelques pistes :
qui a commandé ou dessiné le document, et pour quel public ? Quels symboles, quelles exagérations ? Quelles références faut-il connaître pour le comprendre ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
un message, des valeurs, l’image qu’un acteur veut donner de lui-même ou de son adversaire.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
qu’il est inutile parce qu’il déforme. La déformation est souvent l’information.

Photographie

Quelques pistes :
que voit-on réellement ? Qui a pris la photographie, quand, où ? Quel cadrage, quelle légende ? A-t-elle pu être mise en scène ? Où l’image a-t-elle été publiée ?
Ce qu’elle peut permettre d’établir, entre autres :
certains éléments visibles dans le cadre, lorsque son origine est connue.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
que ce qui est visible vaut pour toute la scène ou pour tout l’événement. Une photographie donne à voir un fragment.

Carte

Quelques pistes :
à quelle échelle ? À partir de quelles données ? Quelles catégories, quels seuils, quels figurés ont été choisis ?
Ce qu’elle peut permettre d’établir, entre autres :
des répartitions, des contrastes, des flux, une organisation de l’espace.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
qu’elle reproduit le territoire tel qu’il est. Mais plutôt que de dire qu’une carte « n’est pas neutre », mieux vaut identifier le choix précis qui oriente la lecture.

Graphique, tableau statistique, classement

Quelques pistes :
que mesure-t-on exactement ? Dans quelle unité, sur quelle période, pour quel espace ? Qui a produit les données ? Valeurs absolues ou relatives ?
Ce qu’il peut permettre d’établir, entre autres :
un ordre de grandeur, une évolution, un écart, pour ce qui est réellement mesuré.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
la cause de ce qu’on observe. Deux courbes qui évoluent ensemble ne prouvent pas que l’une explique l’autre.

Publication en ligne, réseau social

Quelques pistes :
qui publie, et s’agit-il d’un compte officiel ? À quelle date ? Pour quel public, et comment le message a-t-il circulé ?
Ce qu’elle peut permettre d’établir, entre autres :
qu’un message a été diffusé, la stratégie de communication d’un acteur, certaines réactions.
Ce qu’il ne faut pas en conclure automatiquement :
ce que pense l’ensemble d’une population. Ce qui circule beaucoup n’est pas forcément représentatif.

Encore une fois, ces questions sont des pistes. Cette boîte à questions a pour objectif de t’aider à démarrer, mais elle n’a pas la prétention de te donner des clés de lecture pour n’importe quel document. Les questions les plus utiles peuvent être celles qui n’y figurent pas : elles naissent de la consigne, de ce que tu sais du contexte, ou d’un détail du document qui t’arrête. La nature du document te dit où commencer à regarder ; c’est le document lui-même, et tes connaissances, qui te disent ce que tu vas y trouver.

Reste une dernière question : à quel moment de ton devoir faire ce travail ?