Le deuxième outil, et c’est un de mes préférés, ce sont les deux-points.
En français, le « : » a plusieurs emplois parmi lesquels :
Introduire un mot ou un groupe nominal : apposition, précision, nom d'une chose qu'on vient d'annoncer, etc.
Introduire une énumération : « Trois facteurs expliquent cela : le budget, les armes, la corruption. »
Introduire une citation.
Relier deux propositions complètes (verbe conjugué des deux côtés) pour exprimer une cause, une conséquence, une preuve : c’est ce qui nous intéresse ici.
Les deux-points peuvent créer entre deux propositions une relation logique implicite : ce qui suit éclaire, précise ou prouve ce qui précède.
Ils sont plus forts qu’une virgule,
plus élégants qu’un “c’est-à-dire que”,
et plus directs qu’un “en effet”.
Les deux-points
Ils imposent d’eux-mêmes une lecture explicative.
Avant les deux-points, le texte pose une information qui appelle naturellement la question « quoi ? », « lequel ? », « pourquoi ? », « comment ? » ou « qu’est-ce que cela signifie concrètement ? ».
Après les deux-points, le texte apporte immédiatement la réponse à cette attente.
Et si tu regardes bien, tu remarqueras que dans ce guide, j’ai souvent utilisé ces « : ». Donnons quelques exemples :
la proposition de gauche
Mais ici, cette exigence se compose d’un seul pilier, car une explication est forcément précise
:
la proposition de droite
elle répond forcément au sujet si elle est vraiment une explication des documents.
Lorsque je dis qu’elle est forcément précise, on se demande naturellement « pourquoi ? » ou « dans quel sens ? » ou encore « c’est-à-dire ? ». Je réponds en disant « elle répond forcément au sujet si elle est vraiment une explication des documents ».
C’est en ce sens que cela peut être paraphrasé par un « en effet », ou un « ce que j’entends par là, c’est que ». Avant la précision, on peut se poser des questions et ne pas complètement comprendre mon propos. Après la précision introduite par les « : », c’est bien plus clair et c’est explicite.
C’est d’autant plus mauvais signe que pour introduire un sujet, il faut le comprendre
:
si une bonne accroche laisse supposer une bonne compréhension du sujet, une mauvaise accroche laisse supposer une compréhension moyenne voire mauvaise du sujet.
Avant les « : », on peut se demander quel est le lien entre le fait d’introduire un sujet et le fait de le comprendre. Certaines personnes pourraient me demander de développer, d’approfondir, d’expliciter mon propos. Mais elles n’ont pas besoin de le demander, car je l’explicite de suite avec les « : ».
Un outil intéressant
Tout ce développement pour dire que les deux-points impliquent une précision, un approfondissement, une explication : c’est un outil intéressant pour une rédaction, et peut-être encore plus pour une explication.
Prends cependant garde à bien l’utiliser. J’ai quelques conseils à te donner !
Bien les appliquer
AUn seul « : » par phrase.
Au-delà, la relation logique peut se diluer et le lecteur ne sait plus forcément quelle proposition justifie l'autre. Ce qui vient après les deux-points précise ou approfondit ou développe ou explique ce qui précède : si on met deux fois les « : », on peut avoir du mal à comprendre qu’est-ce qui précise quoi.
BPrivilégie un verbe conjugué dans les phrases des deux côtés du « : ».
C'est surtout important pour la première car elle se veut affirmative : tu affirmes quelque chose. Ensuite, comme tu précises ou expliques, la logique voudrait que ce qui vient après les « : » soit également une proposition verbale, car on s'attend à avoir un minimum de matière.
Pour autant, ce n'est pas une règle générale à respecter absolument. On peut très bien utiliser les « : » pour introduire X ou Y sans faire de phrase, comme par exemple : « Cet événement tombait le même jour que sa naissance : le 14 avril ». Mais ici, l'objectif est différent : on vise une explication, ce qui suppose une proposition verbale de part et d'autre.
CLe test décisif porte sur le fond : ce qui suit les deux-points doit éclairer, préciser ou prouver ce qui précède.
Le test décisif
Isole la proposition de gauche et demande-toi ce qu'il lui manque pour être pleinement comprise : la proposition de droite doit combler ce manque.
Ce qui vient après les deux-points doit éclairer, préciser ou expliquer ce qui précède.
DLe lexique employé de part et d'autre doit rester ancré dans le sujet et les thèmes du ou des documents.
L’objet est le même, et cela vient de la nature même de la relation logique : ce qui suit les deux-points vise à éclairer ce qui les précède.
EEnfin, les deux-points ne sont jamais obligatoires.
S'ils échouent, la panne vient rarement de la ponctuation : c'est le plus souvent l'approfondissement lui-même qui fait défaut.
Jamais obligatoires
Mieux vaut alors deux phrases distinctes qu'un « : » mal employé.
Les erreurs
1L'erreur du nombre de « : »
Erreur :
Un État failli est une coquille vide : il conserve un drapeau et un hymne : mais il n'a plus de pouvoir réel sur son territoire.
Réussite :
Un État failli est une coquille vide : il conserve un drapeau et un hymne, mais il n'a plus de pouvoir réel sur son territoire.
Le seul changement est le remplacement du second « : » par une virgule.
2L'erreur sur le fond malgré une forme correcte
Erreur :
Le facteur budgétaire fragilise l'État : pendant la guerre froide, Washington et Moscou s'opposaient idéologiquement.
Rien ne cloche sur la forme. Mais sur le fond, la seconde partie ne prouve pas la première : il manque le chaînon logique.
Réussite :
Le facteur budgétaire fragilise l'État : privé des financements soviétiques ou américains après la fin de la guerre froide, il n'a plus l'appareil fiscal nécessaire pour lever l'impôt et payer ses fonctionnaires.
3Le glissement de sujet
Erreur :
L'accès aux armes modernes rend les milices dangereuses : les dirigeants corrompus s'accaparent les richesses nationales pour armer leurs partisans.
change d'objet
On change d'objet en cours de phrase : ce n'est plus une preuve, ce sont deux idées parallèles.
Réussite :
L'accès aux armes modernes rend les milices dangereuses : pour quelques centaines de dollars sur le marché noir, elles peuvent s'équiper d'armes capables de défier une armée régulière affaiblie.