La problématisation
Par « problématisation », je n’entends pas la problématique : j’entends le moment où, à partir de l’analyse du sujet, on fait émerger les enjeux, les tensions, les problèmes, voire les impasses du sujet. C’est à l’issue de cette phase qu’on synthétise ce qu’on a découvert en une question synthétique, claire, et spécifique, c’est-à-dire conçue pour ce sujet, et rien que pour ce sujet.
Encore une fois, la façon dont on problématise dépend du sujet. Mais essayons de dégager des principes communs.
L’objectif de la problématisation est donc de dégager des tensions et des problèmes. Qu’est-ce qu’on entend par une tension, un problème, ou une impasse ?
Admettons qu’on te pose une question, et que tu y répondes par l’affirmative. Puis, tu réfléchis, et tu penses à tel ou tel élément qui te fait penser que finalement, tu ne peux pas dire oui à 100%. Tu réfléchis aux éléments qui te font penser le contraire, et tu te rends compte que la question est plus complexe que la réponse qu’on y apporte. Elle est tellement complexe que tu n’arrives plus à apporter une réponse. Cela arrive parce qu’un argument est nuancé et affaibli par tel ou tel élément, ce qui fait qu’aucun argument n’arrive réellement à l’emporter.
Une impasse
Tu ne sais pas quoi répondre à la question et tu te retrouves finalement dans une impasse.
Par « tension », j’entends donc ce moment où on se rend compte qu’on ne peut pas maintenir fermement notre position sans la nuancer, ni qu’on ne peut pas affirmer fermement le contraire. On ne sait pas quelle est la réponse à apporter à la question à cause de ces questions. Parfois, ces tensions vont tellement loin qu’il semble impossible de répondre à la question : c’est une impasse.
C’est cela qu’on cherche en général lors d’une dissertation. C’est pour cela que dans le brouillon, je te disais de t’étonner, de repérer les contradictions, et ce qui est semblable. Tout ce travail-là vient de l’analyse du sujet et entre déjà dans la problématisation.
Ces tensions peuvent être de plusieurs sortes.
Par exemple, si un sujet appelle à répondre à une question, par une question ouverte où une idée est déjà supposée (« L’État, seul acteur de la protection de l’environnement ? » ; « La guerre : un conflit armé entre États ? »), on peut tout à fait suivre une démarche similaire à celle que je viens d’évoquer.
Après avoir défini les termes du sujet, on peut examiner la question, et voir ce qu’elle suppose :
Affirmation
La guerre : un conflit armé entre États ?
si on s’en tient à la définition classique de la guerre (qu’on a potentiellement évoquée en définissant les termes du sujet) oui, c’est un conflit armé entre États.
On peut expliquer pour quelles raisons : dans le cas du sujet sur la guerre, cela peut être par sa définition,
L’État, seul acteur de la protection de l’environnement ?
Si on regarde qui protège l’environnement, oui, il semble que ce soit l’État qui ait une place prépondérante.
tandis que par rapport à la protection de l’environnement, l’État est l’entité ayant la plus grande marge de manœuvre, et qui peut agir à la plus grande échelle.
Alors, affirmons-le clairement : la guerre est un conflit armé entre États ; l’État est le seul acteur de l’environnement.
Peut-on soutenir clairement cette affirmation sans nuancer un instant ?
Souvent dans ce genre de sujets, on ne le peut pas vraiment, car il y a tel et tel élément qui vient le contredire :
Objections
La guerre : un conflit armé entre États ?
si les guerres sont entre États, qu’est-ce qu’une guerre civile ? comment expliquer qu’on appelle cela ainsi ? et quid de la guerre contre le terrorisme ? ;
L’État, seul acteur de la protection de l’environnement ?
si l’État est l’acteur central de la protection de l’environnement, comment expliquer qu’on appelle autant les entreprises à adopter des pratiques écologiques ? n’ont-elles pas un rôle dans la protection de l’environnement ? et quid des organisations non gouvernementales ? ou même des citoyens ?
Tu vois ? On ne peut pas tenir de manière ferme un « oui », ou un « non », quoi qu’il en soit, il y a des contre-arguments, des raisons de nuancer sa position. En d’autres termes, il y a des tensions ! C’est en développant ces objections et ces tensions qu’on problématise jusqu’à aboutir à la problématique.
Même dans les sujets qui ne sont pas des questions, il peut y avoir des tensions. Parfois, ce qui est étonnant, c’est l’évolution de telle ou telle dynamique : on en revient à ce qu’on disait, dans le chapitre sur la démonstration, par rapport aux ruptures.
Prenons le sujet suivant :
Les difficultés de la construction de la paix depuis 1945.
En 1945, quel est l’état de la construction de la paix ? 1945 coïncide avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et avec la création de l’ONU. L’objectif de cette organisation est de maintenir la paix. Sur le papier, elle semble capable de le faire car elle comprend les plus grandes puissances ; elle a appris des leçons de la SDN et il y a d’autres éléments encore. Et pourtant, malgré la solidité apparente de l’ONU, le sujet évoque les difficultés de la construction de la paix depuis cette période.
En un sens, c’est assez étonnant.
Prenons le sujet suivant :
Les États-Unis et la protection de l’environnement depuis le XIXe siècle.
En réfléchissant au rapport entre les États-Unis et la protection de l’environnement entre le XIXe siècle et nos jours, on peut se rendre compte de certains contrastes, qui font que l’évolution entre les deux est étonnante ou surprenante.
Enfin bref, il y aurait plein d’autres choses à dire sur la problématisation mais l’essentiel est que vous dégagiez des tensions et des problèmes, ou sinon, des contrastes, des ruptures ou encore des enjeux.
Puis, de ce travail de problématisation naît la problématique.
Au brouillon
La problématisation
Je n’ai pas forcément de méthode particulière à te donner pour la problématisation au brouillon.
Étonne-toi, pose-toi des questions, compare le début et la fin de la période, vois s’il y a des contrastes, des mutations, des permanences, cherche autant que tu peux des tensions, des problèmes, voire même des impasses.
Essaie les quelques techniques que j’ai pu donner comme le fait d’affirmer « oui » ou « non » de manière ferme et vois s’il y a une nuance. Prends le temps de faire rigoureusement ce travail, sans te décourager, ni y prendre trop de temps. Il y a plusieurs manières de problématiser, et tout dépend du sujet : c’est pour cela que l’analyse du sujet est si importante, et si on analyse bien, on est plus susceptible de bien problématiser, de voir ce qui est attendu par le sujet.
Dans l’introduction
La problématisation
Une fois encore, cela dépend du sujet.
Si votre problématisation repose sur une tension explicite comme « La guerre : un conflit armé entre États », il peut être intéressant que de formuler une première affirmation, qui pourrait être par exemple
À première vue
« À première vue, la guerre est bel et bien un conflit armé entre États, selon la définition classique de la guerre. »
Cette affirmation, on ne peut pas la tenir indéfiniment : pour quelles raisons ? Développons-le.
Pourtant
« Pourtant, certaines guerres sont dites civiles : c’est-à-dire qu’elles sont internes à un État, et que les acteurs ne sont pas tous étatiques. »
On peut développer encore avec d’autres arguments ou exemples. Puis, on en tire une conséquence, comme par exemple :
Ainsi
« Ainsi, il semble que la définition de la guerre soit en pleine mutation ».
Ce n’est qu’un exemple mais tu as une idée d’une structure possible, parmi tant d’autres pour ce genre de sujets.
Pour un sujet qui appelle une réponse chronologique, il peut être intéressant de partir de la situation de départ, puis de montrer le contraste qu’il y a à la fin de la période, et d’expliquer pourquoi c’est étonnant et surprenant.
Et il y a d’autres moyens encore, bien sûr.
Après avoir déployé ta problématisation, tu peux en tirer une conséquence : ta problématique.
La problématique
La problématique est une question qui vient synthétiser le travail de problématisation qu’on vient de faire. Les tensions, les contrastes, les impasses et autres que cela, nous mettent dans une certaine difficulté, qui nous mène à nous poser une question : c’est la problématique.
Je pense qu’il y a trois propriétés principales de la problématique.
synthétique
Elle doit être synthétique, parce qu’elle synthétise le travail de problématisation. Elle est la conséquence directe de notre travail de problématisation.
claire
Elle doit être claire, c’est-à-dire qu’on la comprend facilement.
spécifique
Elle doit être spécifique, c’est-à-dire qu’elle est faite pour ce sujet, et rien que pour ce sujet.