6Ce qu’un document permet d’établir
Revenons à notre définition : critiquer, c’est discerner ce qu’un document permet d’établir, et jusqu’où.
Pour le faire, une distinction m’aide beaucoup : ce que dit un document n’est pas forcément ce qui s’est passé, mais le fait qu’il le dise est, en soi, quelque chose qui s’est passé.
Prenons le texte de Johnson.
Il établit avec certitude qu’en 1965, le président des États-Unis présente la pollution comme un problème majeur et demande à son administration d’examiner les recommandations du rapport.
En revanche, il ne permet pas, à lui seul, de savoir si la pollution a effectivement reculé ensuite : un texte de ce type dit une intention, pas un résultat.
Ce n’est pas un défaut du document, c’est sa portée.
Un document orienté peut être une excellente source
On en tire une idée qui peut surprendre : un document orienté n’est pas pour autant un document à écarter. Il peut induire en erreur sur une question, et être tout à fait précieux sur une autre : tout dépend de ce que le sujet te demande. Son orientation peut même devenir l’information elle-même.
La publication de documents diplomatiques organisée par l’Allemagne après la guerre serait une source trompeuse si on la prenait telle quelle pour établir les responsabilités de 1914, puisqu’elle omet et déforme. En revanche, elle est une excellente source pour comprendre comment l’Allemagne a voulu se défendre contre le traité de Versailles. De la même manière, une affiche de propagande dit peu de choses fiables sur la réalité qu’elle représente, mais beaucoup sur l’image que son commanditaire veut en donner.
Un document fiable peut être insuffisant
L’inverse est vrai aussi. Un document peut être très fiable, et pourtant insuffisant pour ce que tu veux montrer. Dans le sujet de 2026 sur les États-Unis et l’environnement, le second document est un graphique des émissions de dioxyde de carbone par habitant aux États-Unis, publié par Our World in Data, un site auquel contribuent des chercheurs de l’université d’Oxford. C’est une source sérieuse, et elle permet de mesurer une évolution. Mais elle mesure ce qu’elle mesure, et la légende le précise d’ailleurs : ces données portent sur les émissions produites sur le territoire des États-Unis.
Elles comptent donc ce qui est émis sur place, par les usines, les centrales ou les voitures qui y circulent.
En revanche, elles ne comptent pas ce qui a été émis à l’étranger pour fabriquer des produits ensuite importés et consommés aux États-Unis.
Et elles ne disent pas, à elles seules, pourquoi ces émissions évoluent.
Autrement dit, l’intérêt d’une source se mesure à ce qu’elle peut t’apporter pour ton sujet.
La question utile
Devant chaque document, la question utile devient donc : sur quel point précis de mon sujet peut-il me servir de preuve, et jusqu’où ?
7Discerner avec ses connaissances et avec l’autre document
Mais comment discerner ? Il me semble qu’on discerne d’abord avec ses connaissances, et c’est là qu’elles prennent tout leur rôle. Elles permettent d’identifier la position d’un auteur, de comprendre une allusion, de vérifier une affirmation, de repérer ce qui manque, de se référer à un contexte, de distinguer une règle de son application, et ainsi de suite.
La ressource de l’académie de Toulouse rappelle que « la réflexion part toujours du document, et non des connaissances », et propose une grille simple, que je trouve très utile :
un document peut
confirmer tes connaissances,
les compléter,
les contredire
ou les nuancer.
Chacune de ces relations est une manière de discerner ce que vaut le document, et ce qu’il t’apporte pour répondre à la consigne.
Quand il y a deux documents
S’il y a deux documents, il peut être très fécond de les confronter. C’est d’autant plus important que la plupart des sujets comportent deux documents : dans les annales de 2021 à 2026, c’est le cas d’environ sept sujets sur dix, et en 2026, de onze sujets sur treize. Et comme on l’a vu au début de ce chapitre, la grille de l’Éducation nationale valorise une confrontation qui « intègre et nourrit l’approche critique ».
Confronter deux documents, c’est se demander ce que leur rencontre permet de comprendre, que chacun ne permettrait pas de comprendre seul. Pour les confronter, on peut par exemple se demander :
- qu’ont-ils en commun ?
- prouvent-ils des idées identiques ?
- ou bien sont-ils peut-être contradictoires ?
- sont-ils conciliables ?
- les limites de l’un sont-elles couvertes par l’autre ?
et ainsi de suite.
Le sujet de 2026 sur les États-Unis l’illustre bien. Le texte de Johnson dit une intention : agir contre la pollution. Le graphique permet de confronter cette intention à une mesure. Si les deux vont dans le même sens, le graphique renforce ce que dit le texte ; s’ils divergent, l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui est mesuré devient lui-même quelque chose à expliquer. Dans les deux cas, chaque document aide à mesurer la portée de l’autre.
Et s’il n’y a qu’un seul document ? Ce sont alors surtout tes connaissances qui jouent le rôle du second témoin. Le travail reste le même : discerner ce que le document permet d’établir, en le confrontant à ce que tu sais.
Pour t’aider à savoir où regarder, je te propose une boîte à questions.